Profession : soigneur animalier

Il arpente, quotidiennement, les allées du Zoo des Sables. Pilier de l’équipe animalière, c’est une silhouette discrète que les visiteurs croisent sans toujours mesurer l’étendue de ses responsabilités. Derrière la figure rassurante du soigneur qui « s’occupe » des animaux se cache un métier complexe et exigeant, où l’observation, la rigueur et la capacité à encaisser les coups durs sont aussi importantes que la passion. Entre routines indispensables, urgences du vivant, programmes de conservation et pédagogie auprès du public, Nicolas Ravon raconte ce que cela signifie vraiment d’exercer aujourd’hui la profession de soigneur animalier.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Nicolas Ravon, j’ai 49 ans et je suis soigneur animalier au Zoo des Sables depuis un peu plus de 25 ans.

Quel a été votre parcours avant d’arriver ici ?

J’ai fait des études de biologie jusqu’au niveau maîtrise, avant un long stage au parc de Doué-la-Fontaine. L’expérience s’est si bien passée que, lorsqu’un poste s’est créé au Zoo des Sables, on m’a proposé de venir.

Le métier de soigneur animalier était-il une vocation ?

Oui, c’était une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps. J’ai toujours adoré les animaux, donc ce métier me faisait envie, même s’il ne correspond pas vraiment à mon niveau d’études. J’ai simplement été happé par la passion du métier !

De quels animaux avez-vous la charge au quotidien ?

Je m’occupe des manchots du Cap, des chiens des buissons et des animaux du vivarium : python molure, iguane vert, ouistiti pygmée, rouloul couronné, tatou à trois bandes, galago du Sénégal, rat sauteur géant de Madagascar, et microcèbe de Goodman. Ponctuellement, je m’occupe aussi des girafes et des dik-diks.

À quoi ressemble votre journée type ?

La matinée est consacrée à l’entretien du secteur et au nourrissage : nettoyage des enclos, préparation et distribution des rations adaptées à chaque espèce, avec le souci d’apporter un maximum de variété, ce qui fait que l’on passe beaucoup de temps en cuisine ! L’après-midi est dédiée à tout le reste : animations, bricolage, enrichissements, aménagements… sans oublier les nourrissages du soir et la fermeture du parc pour lesquels l’équipe des animaliers fonctionne en roulement. C’est un métier très rythmé, où la routine existe, mais où les journées ne se ressemblent jamais vraiment.

Qu’est-ce qui change le plus d’un jour à l’autre ?

Ce sont les animaux eux-mêmes. On travaille avec du vivant, donc il y a en permanence des évolutions : des comportements à observer, des dynamiques de groupe, des interventions vétérinaires, des naissances ou des pontes, des arrivées ou des départs…. Même avec une base de tâches très régulières, chaque journée apporte son lot de particularités.

L’observation des animaux est donc au cœur du métier ?

Oui, elle est essentielle, et on consigne d’ailleurs tout ce que l’on observe. Chez les manchots, par exemple, il faut surveiller de très près les jeunes au moment où ils apprennent à se nourrir seuls. Certains n’y parviennent pas spontanément, donc ils s’isolent, maigrissent, deviennent fragiles et peuvent développer des maladies. Avec l’expérience, on repère plus vite les signes d’alerte. On peut alors intervenir, les nourrir à la main pour les garder en bonne santé jusqu’à ce qu’ils deviennent pleinement autonomes.

Comment mesure-t-on le bien-être d’un animal ?

Le zoo a mis en place un protocole avec pour chaque espèce une grille d’évaluation qui permet de le mesurer régulièrement. Nous avons aussi mis en place un calendrier d’enrichissements chez certaines espèces comme les lions ou les panthères : chaque jour un élément nouveau est proposé dans leurs enclos comme des jeux, de la nourriture cachée ou des odeurs déposées. On stimule ainsi chez eux l’expression de comportements variés… ce qui est évidemment très positif pour leur bien-être.

Le zoo participe-t-il à des programmes de conservation ?

Oui, c’est devenu une priorité. En tant que petit zoo, on se concentre de plus en plus sur des espèces qui ont un réel enjeu de conservation, ce qui donne beaucoup de sens à notre travail. La conservation idéale reste celle qui se fait dans la nature, c’est pourquoi le zoo des Sables participe à financer des actions de terrain. Mais les parcs jouent aussi un rôle reconnu en maintenant en captivité des populations, rôle qui peut s’avérer crucial pour la survie de certaines espèces.

Avez-vous un exemple concret récent ?

Oui, par exemple avec le loup à crinière, dont nous avons accueilli récemment un nouveau mâle. Il y a aussi les roulouls, dont les jeunes nés ici partent aujourd’hui pour un nouveau parc. Les échanges entre établissements se font le plus souvent dans le cadre de programmes de conservation et dans l’intérêt de ceux-ci.

Vous avez aussi un rôle pédagogique auprès du public. Est-ce important pour vous ?

Oui. J’ai toujours aimé transmettre, expliquer, sensibiliser. Même si je fais moins d’animations qu’avant, cela reste une dimension importante du métier. On ne s’occupe pas seulement des animaux, on essaie aussi d’informer les visiteurs, de donner des clés de compréhension, notamment au sujet de la fragilité des écosystèmes. C’est sans doute le message le plus important.

Quelles sont les principales contraintes du métier ?

La première, c’est la disponibilité : les animaux n’ont ni week-end, ni jours fériés, ni vacances. Il faut être là toute l’année, ce qui pèse sur la vie personnelle. Il peut aussi y avoir l’aspect financier… c’est un métier que l’on fait d’abord par passion. Et puis la dimension physique, avec beaucoup de travail en extérieur en toute saison.

Il y a beaucoup d’idées reçues sur le métier de soigneur. Laquelle aimeriez-vous corriger ?

L’idée qu’on passe notre temps à câliner les animaux. Ce n’est pas du tout ça. Nous ne sommes pas là pour apprivoiser des animaux sauvages ou en faire des animaux domestiques. On peut être amené à les manipuler, mais pour des raisons de soin, de suivi ou de gestion. Il faut garder une juste distance.

J’imagine qu’on s’attache malgré tout ?

Bien sûr. C’est un métier où l’on vit de grandes joies, mais aussi de grandes peines. On s’attache vraiment à certains animaux, et quand l’un vient à mourir, cela peut être très difficile. Il faut réussir à garder une forme de distance, mais sans jamais devenir indifférent. Si l’on ne s’intéresse plus aux animaux, si l’on ne ressent plus rien, alors ce métier n’a plus de sens.

Que diriez-vous à un jeune qui rêve de faire ce métier ?

Je lui conseillerais de découvrir la réalité du terrain, par un stage ou une immersion, et de penser dès le départ à un plan B. C’est un métier passionnant, mais exigeant. Peu de gens y restent toute leur vie ; à 49 ans et toujours en poste, je suis presque une exception.

Quelles qualités faut-il avoir pour devenir soigneur animalier ?

Il faut être organisé, rigoureux, vigilant et impliqué. On ne peut pas travailler dans l’à-peu-près. Il faut surtout garder l’envie de bien faire pour les animaux. Quand cette motivation s’étiole, ce sont toujours eux qui en pâtissent.

J’imagine qu’il faut aussi respecter strictement certaines règles, certains protocoles ?

Complètement. Il y a les règles d’hygiène en cuisine, peut-être parfois plus élevées qu’en restauration. On porte systématiquement des gants voire un masque selon les situations. Et puis il y des règles relatives à la sécurité des bâtiments et des équipements, et surtout la vigilance vis-à-vis des animaux et du public. Une porte mal fermée peut avoir des conséquences graves. C’est un métier où il faut être très attentif à tout ce qui nous entoure, à tout ce que l’on fait, en permanence. L’erreur n’est pas permise.

Comment voyez-vous évoluer ce métier dans les années à venir ?

Je pense qu’il ira vers toujours plus de science, de pédagogie, de bien-être animal et de conservation. C’est une bonne chose.

Les zoos ont-ils aussi un rôle dans le financement de la conservation sur le terrain ?

Oui, et le public ne le voit pas toujours. Beaucoup de parcs soutiennent financièrement des associations ou des organisations de terrain. Ici, par exemple, parmi les nombreux projets soutenus on peut citer celui qui concerne l’ara de Buffon. Notre zoo est coordinateur européen de son programme de reproduction en captivité. Nous finançons en partie le travail de fondations en Equateur qui œuvrent pour cette espèce extrêmement menacée en effectuant notamment des réintroductions dans la nature. Nous n’attendons pas de contrepartie : c’est simplement une manière de contribuer, à notre échelle, à quelque chose d’utile.

Zoo des Sables d’Olonne

Route du Tour de France

Tél. 02 51 95 14 10

zoodessables.fr

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