Cloé met le feu sur la glace

Patinage de vitesse aux jeux olympiques

20 février 2026. Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Engagée dans le relais mixte aux côtés d’Étienne Bastier, Bérénice Comby et Quentin Fercoq, une jeune femme de 21 ans, ancienne résidente de Montaigu-Vendée, s’apprête à lancer ses Olympiades : elle s’appelle Cloé Ollivier, et vous n’avez probablement pas fini d’entendre parler d’elle.

En relais comme en solo, son attitude sur la ligne de départ est immuable : très loin des amples gesticulations d’un Noah Lyles, Cloé avance sereinement vers son destin. De son propre aveu, elle n’est « pas une grande bavarde » et préfère rester dans sa bulle. Il faut dire que le patinage de vitesse sur piste courte, ou short track, démarre fort, finit vite et ne pardonne pas la moindre baisse de concentration.

Complémentaire du long track, la discipline se pratique sur une piste courte de 111 mètres sur laquelle on approche 50 km/h. Côté patins, les lames sont nettement plus longues qu’à l’accoutumée (près de 50 centimètres). « Le short track, c’est totalement imprévisible », résume Cloé. « Les chutes sont fréquentes. On peut être sept au départ et deux à l’arrivée. » Il faut donc repérer puis éviter les « rails », ces irrégularités qui se forment sur la glace en raison des passages répétés. « Finalement, l’expérience prend vite le pas sur la technique. »

Pour comprendre comment la jeune femme, née d’un papa canadien et d’une maman française, a finalement représenté son pays lors des JO, il faut remonter le temps et traverser l’Atlantique vers son Canada natal, terre de grands lacs souvent gelés où l’on ne badine pas avec les sports de glace, et où les bambins enfilent les patins dès qu’ils maîtrisent la station debout.

En 2010, la famille quitte l’Amérique du Nord pour Montaigu-Vendée. Cloé a six ans. Elle découvre le short track au club de Cholet, l’ACPG. Quand elle devient championne de France à 12 ans, il faut se rendre à l’évidence : comme toute ado sportive et ambitieuse, elle doit quitter le giron familial.

Triple fracture

Direction le Pôle France de Font-Romeu. « Les débuts sont compliqués. Mais je voulais à tout prix dépasser deux filles qui me battaient régulièrement. Il fallait que je m’entraîne plus et mieux. » Cloé passe six ans sur les hauteurs pyrénéennes. Six années de cols avalés à vélo, de musculation et de VMA, de travail sur glace et au sol. En 2018, l’Équipe de France Junior frappe à la porte. En 2020, place aux JO de la Jeunesse, à Lausanne. Et en 2021, alors qu’elle affiche à peine 16 printemps, Cloé est appelée en Équipe de France Senior. Celle des « grands ».

Dès lors, son palmarès s’étoffe : championne d’Europe Junior sur 1 000 m (2023), médaillée de bronze en relais aux Championnats d’Europe (2024), championne d’Europe en relais mixte et médaillée de bronze aux Mondiaux Universitaires (2025). Une ascension linéaire vers les sommets ? Pas vraiment : en 2024, Cloé subit une triple fracture de la cheville lors d’un examen d’escalade, à l’école. « J’ai patiné dessus pendant deux semaines avant que les fractures soient révélées. Ensuite, j’ai reçu des infiltrations pour consolider. Ce n’était pas la solution idéale, mais je n’ai plus de douleurs depuis un an. »

Arrive alors l’annonce ultime, le Graal de toute sportive : être sélectionnée pour les Jeux Olympiques. « Forcément, j’étais très heureuse. Mais je n’ai pas eu le temps de profiter de cette joie. » Il faut bosser, encore et encore. Car le programme est chargé, avec quatre épreuves pour Cloé : relais mixte, relais féminin, 1 000 m et 1 500 m.

« IL FALLAIT QUE JE PRENNE UN RISQUE… »

L’Équipe de France termine 7e sur les deux relais. Sur 1 000 m, Cloé se classe 17e. Et sur 1 500 m, la jeune fille est disqualifiée pour un contact jugé illicite. « On a trois arbitres et l’assistance vidéo. Il fallait que je prenne un risque. Il n’a pas payé, la pénalité était méritée. C’est juste dommage que ce soit arrivé sur ma distance de prédilection. » Pour encaisser la déception, Cloé peut compter sur la présence des parents et de son frère. « Ça ne m’a ajouté aucune pression, car leur soutien ne dépend pas de mes résultats : ils seraient tout aussi fiers de moi si j’évoluais à l’échelon régional. »

Finalement, les premiers Jeux de Cloé furent avant tout ceux de la découverte, de l’expérience emmagasinée pour la suite. Désormais résidente de Bormio, en Italie, elle est déjà tournée vers 2030 : « le projet final, c’est une médaille aux prochains Jeux. Mais il me reste pas mal d’étapes à franchir. » Et des études à boucler, puisque la jeune femme envisage de devenir kinésithérapeute pour sportifs pros. « J’y retrouve les enjeux qui me motivent dans le patinage : à chaque course comme à chaque patient, on se creuse les méninges pour résoudre une problématique unique. »

Allô, les sponsors ?

Devenue une des figures de proue du patinage de vitesse français, Cloé veut profiter de l’exposition médiatique pour décrocher des sponsors, quand bien même le contexte français n’est pas forcément le plus favorable : « il faut tout de suite se servir des événements comme les JO qui te donnent de la visibilité. Sinon, les gens t’oublient. En Corée du sud, c’est le sport national : si tu es médaillée là-bas, tu es rémunérée à vie ! Aux Pays-Bas ou au Canada, les patineurs peuvent aussi envisager de vivre de leur sport. En France, pas encore. »

Les Jeux de Paris 2024 l’ont confirmé : pour changer de dimension auprès du grand public, rien de tel qu’une performance de choix sur ses propres terres. Alors, puisque les prochains Jeux d’hiver se dérouleront du côté de Lyon, tous les rêves sont permis !

La pratique demeure rare dans le milieu du patinage, mais Cloé fait partie de ces coureuses qui customisent leur casque : elle y a elle-même apposé une image de son chat et de Ponyo, personnage emblématique de Studio Ghibli.

Cloé Ollivier

Instagram : cloe.ollivier

Contact : cloeollivier@gmail.com

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