Sur le tarmac de l’aérodrome de Montaigu-Vendée, des ULM de tous types décollent dans le vacarme habituel des moteurs deux-temps. Derrière eux, deux hommes – deux pionniers dont l’amitié est née ici – inventent une manière plus vertueuse de voler. Avec leur entreprise, Flying Ohm, ils ont fait le pari discret de l’électrique dans un monde encore largement acquis à l’essence.

Paramoteur
Matthieu Boisson et Sébastien Gosse n’ont pourtant rien du duo de start-uppers pressés. Le premier, 40 ans, a travaillé pour Airbus avant d’être commercial grands comptes dans l’agroalimentaire. Sur son temps libre, il pilote paramoteur, ULM multiaxe et autogire depuis 2017. Le second, 43 ans, ingénieur informatique, a passé « près de deux décennies chez Thales » avant de rejoindre Naval Group, où il travaille aujourd’hui sur des navires-drones. Il vole depuis plus longtemps encore, d’abord en parapente, puis en paramoteur. « Nous avons des personnalités et des parcours très différents, qui nous rendent très complémentaires dans la manière dont on pilote Flying Ohm », clame Sébastien.
L’histoire ne commence pas dans un bureau, mais dans l’agacement d’un pilote face à sa propre machine. Sébastien décrit un moteur thermique qui « vibre beaucoup », qui « sent les gaz d’échappement », et qui tombe en panne trop souvent : « j’en avais marre de passer plus de temps à faire de la mécanique qu’à voler », confie-t-il. En septembre 2021, après quelques mois de bricolage, il met au point un kit de conversion permettant de remplacer le moteur thermique par un système tout électrique fonctionnant sur batterie. « Ce n’était pas une volonté commerciale au départ, mais l’envie de faire quelque chose… et de pouvoir voler avec », précise-t-il. Le premier prototype électrique décolle.
Matthieu observe les premiers vols de Sébastien et lui propose immédiatement son aide. Ancien chaudronnier de formation, il apporte son savoir-faire sur la structure métallique du kit. Ensemble, durant quatre ans, ils imaginent, conçoivent et testent plusieurs autres prototypes, et y injectent leurs économies personnelles. « Chaque nouvelle version était une refonte complète de la précédente », ajoute Sébastien. L’entreprise verra finalement le jour en mai 2025, après un accompagnement par la CCI et son programme La Cabine.


Zéro-zéro
Mais au-delà du silence relatif ou même du bénéfice écologique que confère le moteur électrique à leurs machines – ils présentent ces avantages comme des « bénéfices collatéraux » – c’est la fiabilité qui s’est imposée comme l’argument central de Flying Ohm. « Avec les moteurs thermiques, on ne se demandait pas si on allait tomber en panne, mais quand on allait tomber en panne », lâche Sébastien avant d’ajouter : « alors qu’avec l’électrique, c’est zéro panne, zéro maintenance. Pas de vidanges, pas de réglages. On branche et c’est tout. » Cette promesse-là a d’abord convaincu les premiers essayeurs de l’aérodrome, parmi lesquels un champion de France et un champion du monde de paramoteur, avant de faire boule de neige. « Petit à petit, on est venu nous demander de développer des kits pour d’autres appareils tels que le motoplaneur ou le multiaxe », précise Matthieu. Ailleurs, un pilote Parisien cherchait à faire revoler un appareil ancien construit par son père, et dont les pièces pour faire fonctionner le vieux moteur n’étaient plus disponibles. Le rétrofit électrique va lui offrir une seconde vie.
Le choix de « publier les plans en open source » (afin de permettre à quiconque de comprendre, s’approprier et potentiellement améliorer le kit, ndlr) complète ce portrait, sans en gommer les ambiguïtés. L’intention, disent les fondateurs, était de « démocratiser l’électrique » en le rendant accessible, ce qui ne veut pas dire facile à reproduire : « construire sa propre batterie exige des compétences réelles ». Raison pour laquelle le retour d’expérience s’est révélé bien plus modeste qu’espéré ? Aucun contributeur extérieur n’est jamais revenu vers l’entreprise avec une évolution technique aboutie à partager : « les sollicitations que l’on a reçues relevaient presque toujours de la demande de service, non de la coopération », pointe Matthieu. Mais, si la communauté rêvée n’a pas tout à fait pris la forme espérée, l’initiative a toutefois nourri la notoriété du projet par le bouche-à-oreille.


Seuls au monde
Reste que le binôme revendique sa singularité : « On est les seuls au monde à faire ce qu’on fait », affirme Matthieu sans détour. Car dans la famille des ULM, ils couvrent le paramoteur, le motoplaneur, le pendulaire et le multiaxe, alors que la concurrence (une poignée d’acteurs européens ou américains) reste cantonnée à une seule famille d’appareils. Alors, dans un marché que les deux hommes qualifient eux-mêmes de « niche dans la niche » – celui de l’ULM électrique à l’intérieur d’un univers ULM déjà minoritaire face à l’aviation classique – Matthieu et Sébastien n’affichent « aucune ambition démesurée ». Flying Ohm ne vise ni la certification aéronautique lourde, ni la fabrication de moteurs pour l’aviation commerciale. Simplement une place parmi tous ceux avec qui ils partagent une certaine idée de la liberté et de l’air du temps. Au total, le Domaine de la Bretonnière c’est plus de 800 réceptions et événements à l’année, tous types confondus.

Quelques Chiffres :
- 25 ou 30 kW en pic : la puissance d’un kit (soit 34 cv pour le FO15 ou 41 cv pour le FO20).
- À partir de 32 kg : le poids d’une motorisation FO15, batterie 5 kWh incluse.
- 2h30 : le temps de charge complet de la batterie avec un chargeur rapide
- Plus d’1h de vol : en paramoteur avec une batterie 5 kWh et sur les autres ULM en mettant plusieurs batteries en parallèle.
- 1,20 € : le coût moyen d’une heure de vol en électrique, 10 fois moins qu’en thermique.
- 100 à 150 h de vol : le seul de rentabilité de l’électrique face au thermique.
- 10 400 € : le prix du kit paramoteur complet (hors voile).
- 199 à 399 € : le prix mensuel de la location d’une motorisation électrique.
- 14 000 : le nombre de licenciés ULM en France, environ 140 000 Europe.
- 80 % : le nombre des demandes provenant en dehors de la France.
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