Benoit Benazet, Directeur du Fuzz’Yon s’apprête à relever un nouveau défi

BENOIT BENAZET

À 46 ans, le directeur du Fuzz’Yon, la salle des musiques actuelle yonnaise, s’apprête à relever un nouveau défi. Depuis de longs mois maintenant, son équipe et lui préparent la transition entre la petite salle de 300 places de la rue Pasteur, et un nouvel équipement qui accueillera en 2021 plus de 800 spectateurs, quartier de la gare. L’occasion de revenir sur le parcours de ce passionné de musiques, toujours aussi avide de découvertes et d’envie de partage.

Certains tombent dans la marmite dès le plus jeune âge. Pour Benoit Benazet, il faudra attendre l’adolescence pour avoir la révélation qui conditionnera toute une carrière et probablement toute une vie.
À la transition des années 70 et 80, on n’écoute peu de musique dans la famille Benazet. « Mon père était instituteur, ma mère secrétaire de mairie. J’écoutais ce que mes frères passaient sur la platine. »
Adolescent, Benoit commence à donner la main bénévolement à l’office sociale et culturelle de Fontenay-le-Comte, sa ville natale. « La présidence était assurée par un voisin de mes parents. J’y ai découvert le théâtre, le cinéma et la musique. » Assidu des manifestations auxquelles il participe, c’est à l’occasion d’un concert que le choc se produit. « C’était en 1986. Ça s’appelait Gun Club, un groupe américain qui inspirera Noir Désir… »

Un projet de vie

À partir de là, le jeune homme prend conscience de ce que la musique peut lui apporter en terme de sensations, de découvertes, d’expériences. Si à 14 ans on le laisse peut sortir, dès les années lycée attrapées, il fréquente les salles de spectacles, là où ses copains traînent plutôt dans les bars et les discothèques. Et malgré son peu de moyens, il commence à dévorer toutes les publications musicales qui lui tombent sous la main. « Pour me faire un peu d’argent, je ramassais des escargots qui étaient ensuite revendus à des restaurants. »
Pas trop de sous non plus pour acheter beaucoup de disques. Pourtant le jeune homme forme son oreille à la moindre occasion. « Il y avait un disquaire génial à Fontenay. C’était l’époque où tu pouvais prendre un disque dans le rayon, le poser sur la platine, mettre ton casque et écouter ! »
La passion s’envisage rapidement comme carrière professionnelle possible. Bac en poche, Benoit Benazet intègre l’Université de Poitiers pour des études de droit. Puis Bordeaux et la gestion des actions culturelles. Et enfin Angers, où il décroche un master 2 en direction de projet orienté musiques actuelles. Pendant ces années d’études, celui qui fait ses devoirs le walkman sur les oreilles, voit déjà la scène musicale évoluer. « J’ai vu arriver la seconde vague hip-hop à la fin des années 80. Celle qui a révélé NTM*, IAM et Assassin. Puis les musiques électroniques, d’abord dans les festivals, aux Transmusicales de Rennes notamment. »

De Fontenay à Fuzz’Yon

Les rencontres s’enchaînent également et créent des opportunités. Au milieu des années 90, Benoit travaille comme intermittent sur différentes manifestations et se retrouvent dans les coulisses d’AC/DC et de Noir Désir.
En 1997, juste retour des choses, il est engagé à Fontenay-le-Comte, dans l’association qui lui a fait découvrir la musique. « Je gérais entre autres la communication et je secondais le programmateur du festival qu’organisait l’asso. » Un festival qui fermera ses portes en 2001.
La fin de cette histoire sera le commencement d’une autre. En 2002, il intègre le Fuzz’Yon comme programmateur. Une salle dont il prendra la direction le 1er avril 2004.
À son arrivée à La Roche, la salle des musiques actuelles organise également Microcosm, un festival qui aura du mal à se faire une place et qui s’arrêtera en 2007. « Les débuts ont été un peu compliqués. Mais depuis 2010, la programmation du Fuzz’Yon est bien installée et nous franchissons une étape à chaque saison. » Le nouveau directeur recentre alors son action sur le projet d’une nouvelle salle, déjà…

Découvrir et partager

La qualité du travail paye. Tant en programmation qu’en accueil technique des groupes, la salle yonnaise n’a rien à envier à n’importe qu’elle autre structure identique en France. « C’est l’aboutissement d’un travail de défrichage et de découverte de longue haleine. En 2002, nous proposions 22 concerts par an. Aujourd’hui, nous en sommes à près de 50 et l’association compte 672 adhérents. Ce qui manque désormais, c’est un vrai outil de travail pour les artistes et pour le public. »
Car c’est là la principale motivation de Benoit. Faire découvrir et partager ses découvertes avec le public. « Nous avons réussi à changer le regard que pouvaient avoir certaines personnes sur notre salle et sur les musiques actuelles en général. Nous avons des comptes à rendre car nous utilisons de l’argent public, mais nous continuerons à défendre notre ligne. »
Cette ambition, Benoit Benazet et l’équipe du Fuzz’Yon vont pouvoir continuer à l’assouvir avec une nouvelle salle. « C’est un projet qui a mis longtemps à voir le jour. Un projet souvent repoussé mais qui est l’aboutissement de 15 années de travail. »

CHRISTINE AND THE QUEENS

Des regrets et un espoir

L’avenir reste donc ouvert et optimiste pour Benoit, malgré les évolutions du monde de la musique. En effet, l’arrivée du numérique a fait chuter les ventes d’albums. Et pour compenser, les artistes ont considérablement augmenté leur cachet. Un coup dur pour le budget des programmateurs. Cependant, l’arrivée de ce nouvel équipement est une chance à saisir « La plus belle histoire reste à écrire, pour la ville, pour le département. Nous allons pouvoir programmer quelques têtes d’affiches de la scène française et internationale. » Des concerts qui donneront une plus grande visibilité à la salle, sans empêcher l’action de défrichage, et de promouvoir les petites formations locales ou régionales.

Une page se tourne donc pour la salle yonnaise et son directeur. L’occasion de faire un bilan et de regarder un peu dans le rétroviseur. « Il y a tant de groupes que j’aurais aimé programmer. À Fontenay, je suis passé à deux doigts de Nirvana. J’aurai aussi voulu accueillir le groupe américain Fugazi. » Benoit préfère toutefois garder en mémoire les belles rencontres. « J’ai eu la chance de pouvoir avoir certains artistes avant qu’ils ne deviennent inaccessibles ! » Parmi eux on compte Charles Bradley, Sharon Jones ou Arno. Mais encore Christine and The Queens, Selah Sue, Catherine Ringer…

Depuis 2016, Benoit Benazet est aussi en charge de la programmation du festival R Pop, à La Roche-sur-Yon.

FESTIVAL R POP

A Lire dans le Magazine de La Roche-sur-Yon n°14 – Parution décembre 2019