La passion créatrice de Madeline Guérin, Costumière d’Autrefois Challans, Vendée

MADELINE GUERIN

De la couture au dessin, du dessin à la couture…

L’habit ne fait pas le moine, mais le costume peut faire le Maraîchin. Madeline Guérin, la costumière salariée d’Autrefois Challans, en sait quelque chose. En dix ans, cette passionnée aux doigts de fée a réalisé et raccommodé plus de 4 000 costumes pour les quelques 1 300 bénévoles de l’association. Des vêtements d’époque (1900-1920), qu’elle dessine et confectionne entièrement elle-même de A à Z. Retour au début du XXe siècle, où cette couturière et illustratrice mordue de dessin fait revivre, à chaque foire, les plaisirs simples de la vie de nos ancêtres maraîchins. Mais où sont les foires d’antan… ? Elles sont à Challans !

Concentrée sur sa table à dessin, Madeline peaufine les derniers coups de crayon de sa nouvelle création, le « potet », un jeu de l’Oie version Canard. Celui-là est bien Challandais. Il servira de support ludique pour les prochaines foires d’Autrefois Challans. Une passion beaucoup plus qu’un travail pour Madeline, qui ne manque jamais d’imagination ni de courage pour parfaire l’ambiance de ces incontournables rendez-vous annuels.

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Le plaisir des choses simples
Il faut venir y goûter pour bien se rendre compte. Humer les odeurs de volaille et des échoppes alimentaires. Entendre la musique et les chants. Et ce patois propre au Marais Breton « qu’on cause a tot ché coins de rue ».
Ici faire la foire prend tout son sens. On peut achallander, bien sûr, mais on mange aussi, on boit, on rit, on danse, on chante, on rencontre, on discute… Une bonne humeur et une joie de vivre véhiculées par les nombreux bénévoles, mais qu’on doit beaucoup aussi à Madeline.
Costumière salariée de l’association, c’est elle qui les habille depuis plus de dix ans.
Dix ans à fouiller les archives et les mémoires pour retrouver les secrets parfois bien enfouis d’un siècle révolu. Pour autant Madeline sait vivre avec son temps. « On ne vit pas dans le passé. On n’a pas de regrets en se disant : c’était mieux avant. On travaille juste pour pouvoir, quelques journées par an, retrouver un peu de simplicité et le respect des choses anciennes. »

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Un devoir de mémoire
Dix ans ! Un lustre pendant lequel, la petite fée de l’association a su se rendre indispensable. Un sacré travail, pour ne pas dire un travail sacré. Car confectionner ou repriser un costume d’époque, ce n’est pas seulement reproduire ou rapiécer un vieux vêtement abîmé, c’est entretenir un patrimoine. L’usure et l’obsolescence d’un habit vont de paire avec celles des us et coutumes d’une époque. Pour Madeline, chaque coup d’aiguille tisse un lien vers un passé et des traditions qui s’estompent.
Un devoir de mémoire en quelque sorte. Et même si Madeline n’est pas une Challandaise pure souche, (elle est née à Port-Saint-Père), elle en a très vite adopté l’histoire et les usages. « Au début, j’ai beaucoup travaillé à partir de photos, de livres, et d’images. Par la suite, l’essor des banques de données sur internet m’a beaucoup aidé. Mais je continue toujours d’apprendre auprès des anciens. ». Des techniques, un savoir-faire qu’on ne retrouve pas ou peu dans les livres.
« Beaucoup de choses se transmettaient oralement. Continuer à les utiliser et les remettre au goût du jour permet de ne pas les perdre. »MADELINE GUERIN 4

…Suite à lire dans le Magazine de Challans, Mer et Marais n°1, Parution Avril 2019

Portrait sur L’Hippodrome de Challans, 10 ans d’efforts enfin récompensés

HIPPODROME DES NOUES

Hippodrome des Noues
C’est l’un des meilleurs hippodromes du Département. Entièrement refaite il y a dix ans, la piste des Noues a su redonner à la Société des Courses de Chevaux de Challans les couleurs qu’elle avait perdues. Finis les obstacles. Désormais, c’est au trot que les cracks viennent labourer le sable maraîchin pour concourir et faire le spectacle.

Ce changement en profondeur a nécessité beaucoup d’efforts et d’investissements. Mais après une décennie de travail et un succès grandissant, la piste de l’hippodrome vient d’être promue piste européenne de 1re catégorie A.

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Le pari était osé. « Mais il fallait bien faire un choix. » Jean-Paul Gaillard l’a fait. En prenant les rênes de la Société des Courses de Chevaux de Challans en 2007, il a vite dû se rendre à l’évidence. « Entre le plat, l’obstacle et le trot, on ne pouvait plus fournir. L’entretien revenait cher et cela ne faisait pas davantage venir le public. Et puis, à vouloir faire trop de choses on ne faisait finalement rien de bien. Alors on a décidé de ne garder qu’une discipline, et on a privilégié le trot. » L’écho des réfractaires à cette idée a longtemps résonné dans le pays maraîchin. Mais Jean-Paul Gaillard n’a pas lâché la bride. Soutenu par la municipalité il fait refaire entièrement la piste en supprimant les obstacles, en 2009. L’investissement est important mais le résultat est enfin là. Après dix ans d’efforts, la Fédération a décidé, cette année, de promouvoir l’hippodrome des Noues en 1re catégorie A.

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Plus cent ans de passion
Il faut dire qu’à Challans, la passion pour les courses de chevaux ne date pas d’hier. Les premières remontent à la fin du XIXe siècle, mais elles relèvent encore davantage de la fête hippique où se mêlent chevaux de course et chevaux de pays. Les parcours se font sur les terrains privés de l’organisateur, M. de Baudry d’Asson, en reliant Fonteclose à La Garnache, avec des passages à gué inondés pour la beauté du spectacle.
En 1924, le Raid Hippique, créé par Mr Robert de Casson se veut plus sérieux, mais tient plus de la chevauchée fantastique que du derby. Les premiers raids se couraient sur route en deux manches d’une trentaine de kilomètres.
Il faudra attendre 1939 pour que François Boux de Casson crée la nouvelle Société des courses, telle qu’on la connait aujourd’hui, et lance les premières épreuves officielles sur l’hippodrome des Noues.

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…Suite à lire dans le Magazine de Challans, Mer et Marais n°1, Parution Avril 2019

Jacqueline Auriol, une Challandaise au panthéon de l’aviation

Jacqueline AURIOL

C’est l’une des plus grandes gloires de Challans.
Jacqueline Auriol a marqué l’histoire de l’aviation française autant par son courage et sa ténacité que par ses exploits.
Première femme pilote d’essai, la belle-fille du Président Vincent Auriol est aussi première femme à dépasser le mur du son et enchaîner les records de vitesse. Challans ne s’y est pas trompé, puisqu’une place porte aujourd’hui son nom et bientôt un collège.

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Le 13 juin 1930, Henri Guillaumet, se crashe dans la Cordillère des Andes. Prisonnier d’une tempête de neige, le héros de l’aéropostale parvient, après bien des manœuvres dignes d’un champion de voltige, à poser son appareil d’urgence aux abords du Lac du Diamant (Mendoza, Argentine). Il est secouru sept jours plus tard par un berger, après avoir marché 60 km dans le blizzard sans eau ni vivre durant cinq jours.
Un exploit qui fera date et que son ami, Antoine de Saint-Exupéry relatera dans son livre Terre des hommes. Une phrase en reste aujourd’hui encore célèbre : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait. »
La même année, une petite fille s’amuse à escalader les arbres du jardin de ses parents à Challans. Jacqueline Douet a treize ans. Elle ne s’appelle pas encore Jacqueline Auriol, mais nourrit depuis sa plus tendre enfance par les exploits des grands Vendéens volants (René Guilbaud, René Couzinet…), elle rêve déjà d’un destin d’exception et cherche à prendre de la hauteur sur les branches des cèdres de la propriété familiale.
Une première marche dans l’ascension qui la mènera, des années plus tard, à rejoindre Henri Guillaumet au panthéon de l’aviation.

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Son père, Edmond Douet, dirigeait un négoce de bois, sur la parcelle qu’occupent actuellement les locaux du Crédit Mutuel. Une entreprise de famille créée en 1880. À Challans, Jacqueline passe une enfance heureuse, mais affirme déjà un caractère rebelle.  Jeune femme à l’esprit vif et au charme dévastateur, Jacqueline monte finalement à Paris pour intégrer l’école des Beaux Arts. C’est là qu’elle rencontre Paul Auriol, qu’elle épouse en 1938. Elle a 21 ans. À Challans, le mariage d’une fille de royaliste avec le fils du socialiste Vincent Auriol fait grand bruit. Mais Jacqueline aime autant les défis que bousculer les conventions. La guerre ne l’épargne pas. Vincent Auriol vote contre l’accord de plein pouvoir au Maréchal Pétain et tombe en disgrâce. Paul est envoyé au front. Et Jacqueline doit constamment changer d’adresse et d’identité. Heureusement pour elle, Vincent Auriol revient sur le devant de la scène à la libération. En 1947, elle monte les marches de l’Élysée au bras de son époux et de son beau-père, élu Président de la République.

Pendant un temps elle se consacre à son métier de décoratrice, en refaisant notamment quelques salons du Palais présidentiel. Son nouveau statut lui vaut de côtoyer de nombreux artistes, écrivains… Elle se plie aux mondanités, mais au fond d’elle-même, se sent à l’étroit dans les salons et rêve d’immensité, de liberté et de sensations fortes.
Son âme d’aventurière prend finalement le dessus. En 1948, elle passe son brevet de pilote et se lance dans la voltige aérienne. Le début d’une ascension fulgurante !
Prise de passion et persévérante, elle rassure vite les méfiances dûes à son rang et à son sexe. La belle-fille du Président est sous les projecteurs et son entrée médiatique dans un milieu traditionnellement masculin relève du défi pour certains, mais de l’affront pour d’autres. Qu’importe, malgré son statut, Jacqueline reste une femme libre. Et tenace…

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…Suite à lire dans le Magazine de Challans, Mer et Marais n°1, Parution Avril 2019

Les Foulées du Gois en Vendée : une aventure humaine à contre-courant

Le Gois, cette route improbable reliant l’île de Noirmoutier au continent qui ne se découvre qu’à marée basse, a toujours été le paradis des pêcheurs à pied. Ils sont près de cinquante mille à s’y retrouver tous les ans par grande marée. Le temps d’une journée de mortes-eaux, pourtant, ces coureurs de bivalves cèdent leur place à d’autres coureurs. D’exploits, ceux-là.
Avec une moyenne de 1500 sportifs et 20000 spectateurs, Les Foulées du Gois n’ont jamais démenti leur succès. Cette course contre vents et marées est devenue au fil des ans le rendez-vous incontournable des amateurs de défi extrême et de spectacle grandiose.

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Les Foulées du Gois… Dès sa création en 1987 cette course aujourd’hui mythique avait tout pour séduire. Son originalité, sa difficulté et son cadre magnifique attirent à chaque édition près de deux mille coureurs, parmi lesquels l’élite nationale et internationale des courses de fond, venus en découdre avec l’océan.

Cette incroyable aventure humaine aurait pourtant pu ne jamais voir le jour. « Au départ, l’idée était de faire un marathon, » se souvient Roger Morisseau, le photographe officiel de la course depuis sa création. Le tracé partirait de Beauvoir, passerait par le Gois et reviendrait par le pont. Mais le temps de faire le tour de l’île, la marée aurait submergé le Gois. Pour des raisons de sécurité, le sénateur Jacques Oudin refuse de bloquer Noirmoutier un jour d’été en coupant le pont pour les coureurs.

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Qu’importe. Joseph Cesbron, l’instigateur de l’événement, revoit sa copie. Finalement ce ne sera qu’un simple aller-retour sur le Gois. Une dizaine de kilomètre seulement, mais… dans l’eau ! « Avec quelques coureurs, on a testé le passage du Gois à marée montante, poursuit le photographe. C’était possible, mais il fallait quand même être pointu niveau course. » Le 20 juin 1987, la première édition des Foulée du Gois est lancée mais rassemble essentiellement des coureurs de la région.
Jacky Boxberger disparaît

Courir dans le courant avec de l’eau à mi-mollet, le défi est relevé mais l’idée séduit le champion de France et star de l’époque Jacky Boxberger. Sa présence l’année suivante encourage d’autres athlètes internationaux à le suivre. Mais l’exercice est nouveau et en surprend plus d’un. À commencer par Jacky lui-même. « Il faisait la course en tête, se souvient Roger Morisseau. Je le suivais avec mon appareil quand, soudain, il disparaît de l’objectif. Sous l’effet du gonflement de l’eau il avait simplement perdu une chaussure et avait plongé pour la récupérer. » Le champion terminera finalement à la quatrième place.

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Des souvenirs comme celui-là, le photographe en a plein ses pellicules. Car ce qui fait aussi le charme de cette course de fond pas comme les autres, c’est sa part d’incertitudes. « Quand l’eau submerge le Gois, il y a deux courants qui s’épousent, ce qui rend la marée difficile à gérer. Si le courant est fort, il peut suffire d’une à deux minutes de retard à Barbâtre pour arriver à Beauvoir avec cinquante centimètres d’eau en plus. Je me souviens d’une année où un coureur avait été carrément emporté par le courant. Heureusement, c’était un bon nageur et il a pu être secouru. »

Mal préparés ou ne sachant pas à quoi s’attendre, bien d’autres ont eu des mésaventures. Comme le Djiboutien Aden Yayé, qui a dû retirer une à une les pointes de ses chaussures car il pensait courir sur du sable, ou encore Jean-Paul Gahimbaré. « Le plus beau coureur que je n’ai jamais vu depuis trente ans. Il avait été surnommé le Burundais volant car on avait vraiment l’impression qu’il courrait au-dessus de l’eau. Quand il est arrivé et qu’il a vu l’océan à marée haute, il a aussitôt appelé sa famille en disant : c’est magnifique, il y a un lac immense devant. Mais je me demande comment on va courir dedans demain. » Cette phrase innocente peut prêter à sourire, mais ne l’empêchera pas de marquer les Foulées du Gois de son empreinte en remportant l’édition 98.

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Photos : ©Roger Morisseau

…Suite à lire dans le Magazine de Challans, Mer et Marais n°1, Parution Avril 2019