La passion des mots… Les deux vies de Christian Billon

Ancien professionnel de la santé, Christian Billon a travaillé dans l’humanitaire pendant une quinzaine d’années avant de se mettre à écrire.
Il prépare aujourd’hui son 9e roman.

« J’ai toujours admiré les écrivains qui, à 20 ans, ont quelque chose à dire et osent se lancer tête baissée dans l’écriture sans autre métier alimentaire… » Christian Billon, lui, a attendu de nombreuses années pour y sacrifier de son temps.
« Au lycée je n’avais pas beaucoup d’appétence pour la littérature. » A l’époque, ce qui le faisait rêver, c’était la peinture. Son âme était déjà littéraire, mais sa véritable passion pour les livres ne viendra que plus tard.
D’abord, parce que dans les années 70, « vivre de sa plume était un sacré pari. J’ai préféré faire un métier plus technique, et m’assurer une vie moins aléatoire. »
Et puis surtout parce que « pour écrire, il faut avoir quelque chose à dire… » Christian attendra d’avoir 48 ans pour le faire.

CHRISTIAN BILLON 2

Besoin de raconter
En 1981, une opportunité professionnelle change la donne. Employé comme technicien de laboratoire au centre hospitalier départemental du La Roche-sur-Yon, Christian part en mission humanitaire dans un centre antituberculeux du Cambodge. Une expérience « lourde et formatrice » qui bouleversera sa vie.
Christian y tombera amoureux deux fois. Du pays tout d’abord, et puis de celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants. De retour en France un an plus tard, il ne tient pas longtemps en place. En 1984, il repart avec sa femme pour d’autres missions en Mauritanie et au Sénégal. Pendant 12 ans.
En arrivant là-bas, c’est un nouveau choc. Pas celui des cultures, cette fois, mais celui d’une révélation. Le Voyage de noces de Patrick Modiano ravive sa passion et lui donne la marche à suivre. « Ce livre a été pour moi un déclic. Je me suis dit, c’est comme cela qu’il faut écrire. » Un autre besoin se fait alors sentir. Celui de témoigner. De raconter ce qu’il a vu et vécu durant toutes ces années d’expatriation. Les génocides, les famines…

FAMINE

« L’écriture ne se discute pas »
Christian se plonge alors corps et âme dans l’écriture en pensant à la citation de James Salter : « Tout ce qui n’est pas écrit disparait. » Un plaisir doublé d’un exutoire, à mi-chemin entre le travail de mémoire et l’exorcisme. « Le bonheur, la souffrance, les angoisses, les joies… Il y a une sorte de catharsis de l’écriture. Quand on commence un premier livre, on veut déverser tout ce qu’on a retenu, comme un barrage dont on ouvre les vannes. »
Et puis c’est l’engrenage. « C’est vite devenu très addictif. Une passion dévorante que j’essaie de marier avec la vie quotidienne, plus triviale. »
Dans Battanbang ! Battanbang ! son premier roman publié en 2005, Christian multiplie les détails pour apporter encore plus de précision à son témoignage. Mais le style est déjà là. Les mots sont percutants, précis, justes… « J’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, avoue le romancier. L’écriture n’est pas une négociation. C’est une œuvre individuelle, sans minoration des sentiments par le dialogue et la discussion. L’écriture est quelque chose qui ne se discute pas. Comme dit Kafka, elle doit être la hache qui brise en nous la mer gelée. »
Que ce soit au Cambodge (L’Adieu aux Khmers), en Afrique ou en Amérique du sud (Sauveterre) ou même dans un pays imaginaire, la Diluvie (Asanna), Christian Billon magnifie l’art de la transposition pour emmener le lecteur sur le lieu de tragédies humaines souvent oubliées par la littérature. Des romans historiques où il porte un regard tendre mais engagé, souvent désabusé mais toujours juste, sur la loi des hommes et des nations.

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

Cédrik ARMEN ou la passion des mots

Ils sont écrivains, critiques sur le web, ou fréquentent les ateliers d’écriture… Ce qui les relie, au-delà du fait d’être Yonnais, c’est la passion des mots. Une passion prenante, dévorante même parfois, que Christian Billon, Cédrik Armen, Pascale Martineau et Francis Lempérière assouvissent de façon bien différente, chacun à son niveau. Portraits de ces mordus de l’écriture accros à la lecture que le démon des mots dévore…

Cédrik est booktuber. Lecteur passionné, il publie sur la chaîne internet Youtube des vidéos où il défriche l’actualité littéraire et fait part de ses coups de cœur. Moteur !

Un monde appart’
Au premier abord son petit appartement ne paye pas de mine. Fraîchement débarqué de La Roche-sur-Yon à Nantes, Cédrik n’y vit que depuis quelques mois. Assez longtemps quand même pour faire de ce petit lieu de travail et de vie un véritable cocon à son image. Car c’est bien là, en plein cœur de la capitale culturelle de l’Ouest, que germent et maturent ses idées littéraires.
La bibliothèque, soigneusement rangée, habille le mur du fond de son petit salon. Sur les autres, des dizaines de photos. Entre les photos, des phrases imprimées sur des petits bouts de papier comme autant de portes d’entrées dans cet univers de lettres, de mots, d’histoires et de poésie : « Si vous ne pouvez pas écrire : lisez ! ».
Ce monde, c’est celui de Cédrik Armen, un Yonnais de 28 ans. Passionné de lecture et Youtuber de talent, il n’a de cesse de le façonner depuis sa plus tendre enfance.
« Les bouquins, c’est un peu comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit. » Un peu par accident, il faut l’avouer. « Je ne sais pas d’où cela vient. Dans la famille on ne lisait pas beaucoup… »

LA PASSION DES MOTS

La revanche de l’écrivain contrarié
A 14 ans son choix est fait : « études de lettres, théâtre, écriture… je voulais la totale. » Le destin et les conseillers d’orientation du collège en décideront autrement, « faute de résultats suffisants. »
Ce sera finalement une année de vente et deux de comptabilité. Pour arriver au fiasco qu’on pouvait attendre d’une telle hérésie. Cédrik est anéanti.
Il finit par trouver un pied à terre à Aizenay. « Mais avec 80 euros par mois c’était vraiment la galère. Même les livres d’occasion c’était du luxe… » Pourtant cet amoureux du verbe n’abandonne pas. La passion des mots qui afflue dans ses veines continue d’irriguer sa passion. Il continue de lire, lire, encore et encore, en écumant les boîtes à livres et les marchés aux puces.
Et d’écrire aussi… Mais « juste pour moi, pour me défouler. »
Comme un gaucher contrarié qui reprendrait sa main directrice une fois sorti de l’école, Cédrik accumule les pages de manuscrits et de poèmes dans ses tiroirs à l’abri des commentaires de ses professeurs. Un écrivain contrarié en quelque sorte, qui pose le point final de son premier manuscrit à 13 ans. « C’était vraiment nul, rempli de fautes et de répétitions… mais je m’éclatais ! ».

AMELIE NOTHOMB

Amélie Nothomb : la révélation
Quelques temps plus tard, la roue finit par tourner. Cédrik peut enfin « manger à [sa] faim, » mais surtout, s’acheter sa première bibliothèque qu’il remplit aussi vite qu’il dévore les livres.
C’est là qu’il découvre Tatiana De Rosnay, Le Parfum de Patrick Suskind, la poésie « abrupte et écorchée » de Bukowski, mais surtout, Amélie Nothomb… Une révélation !
Les lectures s’enchaînent et, le 14 février 2015, Cédrik enregistre sa première vidéo publiée sur Youtube. « Au début c’était plus à but thérapeutique, pour apprendre à m’entendre, à me voir, à me supporter… » Mais les premiers retours sont bons. « Petit à petit les gens sont venus vers moi en s’intéressant à ce que je faisais et j’ai commencé à sortir de ma carapace. »
Trois ans plus tard les vidéos s’enchaînent et les viewers se multiplient. Tantôt drôle, parfois sérieux mais toujours attachant, le Youtuber yonnais y parle de ses coups de cœur, en tentant vainement d’étancher sa soif de découverte. A tel point que chaque rentrée littéraire est devenue un marathon. Car avant de faire son choix pour ses vidéos, Cédrik lit tout. « Un livre par jour, ou tous les deux jours s’ils sont plus gros. » Une boulimie qui lui vaut aujourd’hui la reconnaissance de ses maîtres et des grandes maisons d’édition. Comme Amélie Nothomb, qu’il a eu la chance de pouvoir interviewer pour une de ses vidéos. Et d’en devenir l’ami.
« C’est le rêve. J’ai toujours voulu travailler dans le monde des mots, de l’écriture, des bouquins… mais sans jamais savoir vraiment quoi faire. Mais là, je m’éclate. Et, même si je devais faire autre chose, je ne pourrais jamais arrêter de lire et de faire des vidéos. »

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

Adrien Dubreuil une passion entre ciel et terre.

Champion de France junior de vol à voile à 17 ans et demi, Adrien Dubreuil a la passion de l’aviation depuis l’enfance. Il se prépare aujourd’hui à en faire son métier, mettant ainsi ses pas dans ceux de ses aînés.

Cela aurait été difficile pour Adrien de ne pas tomber dans la potion de l’aéronautique dès son plus jeune âge. « Mon grand-père, Michel Dubreuil, a créé le club de vol à voile yonnais en 1978 » explique le jeune homme. Tout petit déjà donc, ce fils d’un pilote de ligne et d’une hôtesse de l’air, traîne sur les terrains d’aviation. Dès l’âge de 12 ans, il effectue son premier vol en planeur. « C’était un vol en duo. Je n’ai été lâché seul qu’ensuite, à 14 ans. »

Vitesse et compétition
À la vue de ces grands oiseaux qui planent gracieusement en silence dans le ciel azur, on imagine le sentiment de liberté et de légèreté que doivent ressentir les pilotes. Certes. Mais ce qui plaît le plus à Adrien, c’est la vitesse. « C’est ce qu’on recherche en compétition. On n’est pas là pour la balade ! »
Et la compétition, le jeune homme s’y est déjà frotté et avec succès. À 16 ans, en 2017, il est juste breveté qu’il décroche une 2e place au Championnat Interrégional à Montaigu (85) et la 6e au Championnat de France à Chalons-en Champagne (51). Dès sa deuxième participation, durant l’été 2018, il s’adjugera la victoire dans les deux épreuves. Un titre de champion de France junior à 17 ans et demi, sachant que cette catégorie va jusqu’à l’âge 25 ans, on voit la marge qu’Adrien a encore devant lui.

VOL A VOILE

Le vol à voile pour les nuls
Sport peu médiatisé, le grand public n’est pas très familier avec ce milieu de passionnés. Essayons donc d’y voir plus clair. En vol à voile, il y a trois catégories, selon l’envergure du planeur : 15 mètres, 18 mètres et + de 18 mètres. À l’intérieur de la catégorie 15 m, il y a la classe standard et la classe club. C’est dans cette dernière qu’Adrien évolue. « On commence souvent par la classe club car c’est la plus accessible techniquement et financièrement. »
Quant aux épreuves, elles s’apparentent à de la régate en mer. « Les planeurs sont tractés les uns après les autres jusqu’à l’altitude de départ. Une fois en place, le départ est donné mais chacun peut choisir le moment de franchir la ligne, en fonction des conditions d’aérologie. » Le chrono se déclenche alors et c’est le plus rapide à effectuer un certain parcours qui gagne. « Nous avons un plan de vol avec un circuit, des points de virage obligatoires et des espaces aériens à respecter. » L’important étant d’être le plus régulier sur l’ensemble des courses d’une même compétition qui peut durer une semaine, avec un vol par jour.

« Piloter aux fesses »
Au cours des épreuves, la vitesse de pointe des engins peut atteindre 170 km/h et les sensations se ressentent surtout en période d’ascension. « On cherche les meilleures ascendances sous les cumulus, ou au dessus des surfaces claires du sol. Parfois, on sent l’air pousser fortement sous l’appareil. On appelle cela piloter aux fesses. » On pourrait croire qu’une fois la bonne altitude et le bon cap trouvés, il n’y a qu’à se laisser glisser… « Il faut être très attentif. On vol parfois très près des autres concurrents, on doit avoir l’œil partout. En moyenne on prend une décision toutes les dix secondes, sur une épreuve qui dure de 4 à 9 heures. »

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Plus qu’une passion, un métier
Même s’il a la tête dans les nuages, Adrien garde aussi les pieds sur terre. Ainsi le pilotage n’est pas pour lui qu’une passion mais aussi une perspective d’avenir. Actuellement en terminal S dans un lycée nantais, le jeune homme a déjà organisé la suite de ses études. « Une fois le bac en poche, je prendrai six mois pour préparer le concours ATPL (Airline Transport Pilote Licence). » Un concours théorique, à potasser seul et en école, avec une quinzaine d’épreuves à passer à Paris. « Ensuite, j’espère intégrer les Cadets d’Air France pour devenir pilote de la compagnie ou d’une de ses filiales. »
Adrien ne délaissera pas sa passion du vol à voile pour autant. Depuis la rentrée 2018, il a d’ailleurs intégré le Pôle Espoir de l’équipe de France. Et c’est pour garder cette passion de la compétition accessible qu’il s’est orienté vers l’aéronautique civile. « J’ai pensé à une époque être pilote de chasse. Mais dans le civil, le salaire est meilleur et j’aurai plus de temps libre. Deux paramètres importants pour continuer à voler en planeur. »

A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018