« Quand on goûte au bio, on ne revient plus en arrière »

Elina Prault, gérante d’un magasin Biocoop
à Bressuire (Deux-Sèvres) et membre du conseil d’administration Biocoop France

Biocoop et le bio, c’est déjà une vieille histoire ?
Le réseau existe depuis trente-deux ans. On vient de franchir le cap des 500 magasins en France. En Vendée, nous venons d’en ouvrir un, à Chantonnay, début février. Il est voisin de l’Hyper U.

Tout le monde se met au bio, les grandes surfaces aussi. C’est quoi, la différence entre vous et la grande distribution ?
Notre originalité, c’est l’existence de notre conseil d’administration, qui réunit des représentants des magasins, des producteurs, des consommateurs et des salariés. Chacun à son mot à dire. On se réunit une fois par mois. Quand on décide, par exemple, de faire un effort sur le prix d’un produit, le producteur, la plateforme d’achat et les magasins acceptent, collectivement, de diminuer leur marge.

Du bio dans la grande distribution, ça vous inquiète ou vous voyez ça d’un bon oeil ?
Ça fait partie des débats qu’on peut avoir entre nous. La GMS réalise de grosses parts de marché aujourd’hui, c’est un fait. À titre personnel, je pense que ce n’est pas une mauvaise chose que le bio arrive en grande surface. La grande distribution peut permettre de démocratiser le bio. Il n’est pas forcément facile de pousser la porte de nos magasins. Il peut y avoir des réticences à le faire. Et puis, il peut être difficile de changer ses circuits habituels, quand on est habitué, depuis longtemps, à faire ses courses dans la même grande surface. Acheter du bio en grande surface, c’est un premier pas.

Le bio, tout le monde en parle, mais tout le monde n’en consomme pas encore ?
C’est vrai. Mais aujourd’hui, tout le monde consomme du bio au moins une fois par mois.

Après avoir « goûté » au bio, est-ce qu’il arrive qu’on revienne en arrière ?
C’est rare. En général, je conseille d’ailleurs de commencer par les fruits et légumes bio. Les entendre dire : « Ah, ces tomates, elles ont vraiment un goût de tomate ! » ou « J’ai retrouvé le goût des fruits de chez mes grands-parents ! », ça fait vraiment très plaisir. Quand on goûte au bio, on ne revient plus en arrière ! Après, bien sûr, en fonction des budgets, il y a des arbitrages à faire.

Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que le bio a gagné la partie face au conventionnel ?
Je crois que la question de savoir s’il faut aller vers le bio, elle ne se pose plus. On a longtemps produit en quantité sans se soucier du qualitatif. Ce temps-là est terminé. Le monde agricole change ! Si tout le monde consommait du bio, le trou de la Sécu diminuerait, c’est une certitude !

Les grands changements demain, dans le bio, ce sera quoi ? L’avènement du vrac ?
Oui, c’est la tendance de fond, car c’est à la fois plus écolo et plus économe. Depuis longtemps, on fait du vrac, avec les céréales notamment. Mais on le développe depuis peu avec les liquides, l’huile, le miel, etc… L’évolution de la réglementation le permet. L’autre enjeu, c’est le renforcement de la localisation. On veut que nos magasins soient des lieux de vie, avec des producteurs locaux qui viennent régulièrement.

A lire dans le magazine J’OSE EN VENDEE n°5 – Parution Avril 2018

 » Le bio, c’est un projet de société, pas seulement un marché « 

Le bio s’est fait une place chez vous depuis quand ?
Depuis dix ans environ. Nos parts de marché augmentent d’année en année. Nous sommes à 15 %.

Est-ce que ça va encore grandir ?
Oui. Pour ça, il faut continuer à donner du sens au bio. Proposer de la tomate bio en hiver par exemple, ça n’a pas de sens.

Le bio, c’est un truc de bobo, une niche, ou c’est un peu plus que ça, un mouvement de fond ?
C’est terminé, ce n’est plus une niche pour les bobos. Aujourd’hui, l’alimentation est associée à la santé, à l’environnement, aux revenus des producteurs. L’alimentation, c’est du bien-être général. Le bio, c’est un projet de société, pas seulement un marché.

Pendant longtemps, dans le budget des ménages, l’alimentaire a été, trop souvent, considéré comme une variable d’ajustement : est-ce que c’est fini ?
Si j’osais, je dirais qu’il faut moins téléphoner et manger mieux. Manger mieux, c’est manger moins. On peut manger bien, pas forcément tout en bio, pour pas cher.

Est-ce que c’est une bonne chose pour la santé, donc pour la Sécu ?
Ce que nous consommons agit directement sur notre santé. Ce sont les médecins qui le disent. Un exemple : on sait que 80 % des problèmes de diabète viennent d’une surconsommation de sucre. On peut donc agir. Nous avons des maladies de civilisation qui tiennent aussi à nos modes de consommation.

Est-ce que la grande distribution a une responsabilité citoyenne ?
Bien sûr. La grande distribution doit prendre des responsabilités nouvelles. Nous avons de la pédagogie à faire. Chez U, on a pris des engagements très forts, par exemple pour supprimer les perturbateurs endocriniens.

Est-ce qu’un jour, on peut imaginer que tout sera bio dans vos magasins ? Est-ce que c’est un rêve, une utopie, ou réaliste à moyen/long terme ?
Nicolas Hulot a dit récemment que tout pourrait être bio. Je suis assez d’accord avec ça. C’est possible. Prenez l’arboriculture : on dit que c’est compliqué d’être en bio. Mais c’est possible, à condition d’opter pour des variétés plus résistantes. Il faut revenir à des variétés plus robustes, moins fragiles. Même chose pour les céréales : on peut parfaitement revenir à des semences plus anciennes, je pense à l’épeautre.

Et les labels ? Ils sont importants ?
Le logo AB est important et rassurant, c’est une sorte de contrat de confiance pour le consommateur.

Quels sont les produits alimentaires bio que vous aimeriez pouvoir proposer à vos clients et que vous ne proposez pas encore ? Est-ce qu’il y a d’autres produits, non-bio, que vous aimeriez proposer ?
On a beaucoup de choses en bio. Aujourd’hui, un consommateur qui vient dans nos magasins, et qui veut tout acheter en bio, il peut quasiment le faire.

Est-ce que le bio est assez généralisé ?
Non, c’est insuffisant. Il n’y a pas assez de bio dans les restaurants par exemple.

Est-ce que les prix du bio vont mécaniquement baisser ?
Non, les prix, sur certains produits, vont rester encore relativement élevés.

Serge Papin, Pdg du système coopératif « Système U »

(Photo portrait : © Antoine Doyen – Composition graphique : Christiane Girard/Offset5)

A lire dans le magazine J’OSE EN VENDEE n°5 – Parution Avril 2018