» Le bio, c’est un projet de société, pas seulement un marché « 

Le bio s’est fait une place chez vous depuis quand ?
Depuis dix ans environ. Nos parts de marché augmentent d’année en année. Nous sommes à 15 %.

Est-ce que ça va encore grandir ?
Oui. Pour ça, il faut continuer à donner du sens au bio. Proposer de la tomate bio en hiver par exemple, ça n’a pas de sens.

Le bio, c’est un truc de bobo, une niche, ou c’est un peu plus que ça, un mouvement de fond ?
C’est terminé, ce n’est plus une niche pour les bobos. Aujourd’hui, l’alimentation est associée à la santé, à l’environnement, aux revenus des producteurs. L’alimentation, c’est du bien-être général. Le bio, c’est un projet de société, pas seulement un marché.

Pendant longtemps, dans le budget des ménages, l’alimentaire a été, trop souvent, considéré comme une variable d’ajustement : est-ce que c’est fini ?
Si j’osais, je dirais qu’il faut moins téléphoner et manger mieux. Manger mieux, c’est manger moins. On peut manger bien, pas forcément tout en bio, pour pas cher.

Est-ce que c’est une bonne chose pour la santé, donc pour la Sécu ?
Ce que nous consommons agit directement sur notre santé. Ce sont les médecins qui le disent. Un exemple : on sait que 80 % des problèmes de diabète viennent d’une surconsommation de sucre. On peut donc agir. Nous avons des maladies de civilisation qui tiennent aussi à nos modes de consommation.

Est-ce que la grande distribution a une responsabilité citoyenne ?
Bien sûr. La grande distribution doit prendre des responsabilités nouvelles. Nous avons de la pédagogie à faire. Chez U, on a pris des engagements très forts, par exemple pour supprimer les perturbateurs endocriniens.

Est-ce qu’un jour, on peut imaginer que tout sera bio dans vos magasins ? Est-ce que c’est un rêve, une utopie, ou réaliste à moyen/long terme ?
Nicolas Hulot a dit récemment que tout pourrait être bio. Je suis assez d’accord avec ça. C’est possible. Prenez l’arboriculture : on dit que c’est compliqué d’être en bio. Mais c’est possible, à condition d’opter pour des variétés plus résistantes. Il faut revenir à des variétés plus robustes, moins fragiles. Même chose pour les céréales : on peut parfaitement revenir à des semences plus anciennes, je pense à l’épeautre.

Et les labels ? Ils sont importants ?
Le logo AB est important et rassurant, c’est une sorte de contrat de confiance pour le consommateur.

Quels sont les produits alimentaires bio que vous aimeriez pouvoir proposer à vos clients et que vous ne proposez pas encore ? Est-ce qu’il y a d’autres produits, non-bio, que vous aimeriez proposer ?
On a beaucoup de choses en bio. Aujourd’hui, un consommateur qui vient dans nos magasins, et qui veut tout acheter en bio, il peut quasiment le faire.

Est-ce que le bio est assez généralisé ?
Non, c’est insuffisant. Il n’y a pas assez de bio dans les restaurants par exemple.

Est-ce que les prix du bio vont mécaniquement baisser ?
Non, les prix, sur certains produits, vont rester encore relativement élevés.

Serge Papin, Pdg du système coopératif « Système U »

(Photo portrait : © Antoine Doyen – Composition graphique : Christiane Girard/Offset5)

A lire dans le magazine J’OSE EN VENDEE n°5 – Parution Avril 2018