A la maison Gueffier on écrit en liberté

Pas besoin d’être écrivain pour écrire.  A La Maison Gueffier, les ateliers d’écriture accueillent tous les amoureux des mots, sans distinction d’âge ou de niveau. Pour apprendre, progresser, partager et jouer avec les mots,
tout simplement…

Esquisses d’écritures
Ecrire, c’est se confronter à soi même. Puiser au plus profond de soi pour en révéler le sublime. Dans les ateliers d’écriture de La Maison Gueffier à La Roche-sur-Yon, c’est aussi se confronter avec les autres. Comme dans un creuset d’artisans où les contraintes d’écriture donnent la matière, et le partage en fait un catalyseur.
Et c’est sans doute cela qui a le plus séduit Pascale Martineau et Francis Lempérière. Tous deux fréquentent régulièrement la Maison Gueffier. Ils ont été retenus pour figurer avec une dizaine d’autres participants dans un recueil de textes écrits en atelier, Esquisses d’écriture, en complicité avec Hélène Gaudy et Sylvain Pattieu, deux auteurs en résidence d’artiste au Grand R. Une initiative de Carole Poujade, qui a choisi de créer dans un cadre universitaire, une collection dédiée à ces textes cours : Les jubilations de l’écriture.

PASCALE MARTINEAU

Une aventure individuelle et collective
Pour Pascale Martineau, un atelier d’écriture, « c’est d’abord un lieu où on se retrouve en groupe, où les participants écrivent personnellement mais ensemble. » Sans forcément se connaître les uns les autres. Mais en se dévoilant, par fragments, au fil des mots couchés sur le papier. Car, « quel que soit le sujet, on y met toujours un peu de soi, » assure Francis Lempérière.
Un lieu d’amusement aussi où l’on s’adonne à la création avec plaisir et bienveillance. Même si l’exercice n’est pas toujours facile. « Quand on vient la première fois, ce n’est pas évident de réussir à offrir un texte personnel, avec ses erreurs et ses maladresses. Mais c’est aussi ce qui nous permet d’apprendre à écouter les autres… »
Se confronter avec les autres, c’est avant tout prendre le risque de mesurer ses propres forces et faiblesses. Mais c’est aussi un bon moyen d’élargir son horizon. « En groupe on pratique beaucoup le pillage créatif. On apprend des autres et on s’inspire. Ce qui crée beaucoup d’émulation et nous pousse à aller toujours plus loin avec les mots. »

FRANCIS LAMPERIERE

Ecrire sous contraintes… en toute liberté
Le principe d’un atelier est simple : écrire un texte sous certaines contraintes, de temps, de lieu, de thème ou de style. Mais toujours avec une grande liberté d’expression. « C’est très important, remarque Pascale. On apprend des techniques, on s’impose des règles mais on peut aussi s’en affranchir. » Et sortir du carcan académique en écrivant simplement pour soi. Comme le résume magnifiquement Sophie Dugast du pôle littérature du Grand R : « Les ateliers d’écritures sont des fenêtres entrebâillées par où entrer en littérature de manière un peu indocile. »
Les contraintes peuvent parfois rendre l’exercice difficile. Elles ne sont pas pour autant des barrières. Au contraire. Elles agissent bien souvent comme un guide qui ne laisse pas de place au syndrome de la page blanche. Un gage de plaisir pour tous ceux qui aiment en découdre avec les mots, sans chercher à jouer les romanciers ou les historiens. « Les ateliers touchent à beaucoup de choses, remarque Pascale Martineau. C’est un peu comme un match d’improvisation au théâtre, un match très court et très dense, où les contraintes servent de déclencheur et nous amènent sur des chemins où on ne serait jamais allé tout seul. »
Des figures imposées qui ne déplaisent de Francis Lempérière. « J’aime beaucoup travailler à partir de photos. Quand j’écris, je pars toujours d’une impression visuelle. Et je commence par écrire une liste de mots, de ressentis. Nul besoin de phrases… mettre simplement des blancs entre les mots. »
Le reste n’est que de la littérature !

A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

La passion des mots… Les deux vies de Christian Billon

Ancien professionnel de la santé, Christian Billon a travaillé dans l’humanitaire pendant une quinzaine d’années avant de se mettre à écrire.
Il prépare aujourd’hui son 9e roman.

« J’ai toujours admiré les écrivains qui, à 20 ans, ont quelque chose à dire et osent se lancer tête baissée dans l’écriture sans autre métier alimentaire… » Christian Billon, lui, a attendu de nombreuses années pour y sacrifier de son temps.
« Au lycée je n’avais pas beaucoup d’appétence pour la littérature. » A l’époque, ce qui le faisait rêver, c’était la peinture. Son âme était déjà littéraire, mais sa véritable passion pour les livres ne viendra que plus tard.
D’abord, parce que dans les années 70, « vivre de sa plume était un sacré pari. J’ai préféré faire un métier plus technique, et m’assurer une vie moins aléatoire. »
Et puis surtout parce que « pour écrire, il faut avoir quelque chose à dire… » Christian attendra d’avoir 48 ans pour le faire.

CHRISTIAN BILLON 2

Besoin de raconter
En 1981, une opportunité professionnelle change la donne. Employé comme technicien de laboratoire au centre hospitalier départemental du La Roche-sur-Yon, Christian part en mission humanitaire dans un centre antituberculeux du Cambodge. Une expérience « lourde et formatrice » qui bouleversera sa vie.
Christian y tombera amoureux deux fois. Du pays tout d’abord, et puis de celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants. De retour en France un an plus tard, il ne tient pas longtemps en place. En 1984, il repart avec sa femme pour d’autres missions en Mauritanie et au Sénégal. Pendant 12 ans.
En arrivant là-bas, c’est un nouveau choc. Pas celui des cultures, cette fois, mais celui d’une révélation. Le Voyage de noces de Patrick Modiano ravive sa passion et lui donne la marche à suivre. « Ce livre a été pour moi un déclic. Je me suis dit, c’est comme cela qu’il faut écrire. » Un autre besoin se fait alors sentir. Celui de témoigner. De raconter ce qu’il a vu et vécu durant toutes ces années d’expatriation. Les génocides, les famines…

FAMINE

« L’écriture ne se discute pas »
Christian se plonge alors corps et âme dans l’écriture en pensant à la citation de James Salter : « Tout ce qui n’est pas écrit disparait. » Un plaisir doublé d’un exutoire, à mi-chemin entre le travail de mémoire et l’exorcisme. « Le bonheur, la souffrance, les angoisses, les joies… Il y a une sorte de catharsis de l’écriture. Quand on commence un premier livre, on veut déverser tout ce qu’on a retenu, comme un barrage dont on ouvre les vannes. »
Et puis c’est l’engrenage. « C’est vite devenu très addictif. Une passion dévorante que j’essaie de marier avec la vie quotidienne, plus triviale. »
Dans Battanbang ! Battanbang ! son premier roman publié en 2005, Christian multiplie les détails pour apporter encore plus de précision à son témoignage. Mais le style est déjà là. Les mots sont percutants, précis, justes… « J’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, avoue le romancier. L’écriture n’est pas une négociation. C’est une œuvre individuelle, sans minoration des sentiments par le dialogue et la discussion. L’écriture est quelque chose qui ne se discute pas. Comme dit Kafka, elle doit être la hache qui brise en nous la mer gelée. »
Que ce soit au Cambodge (L’Adieu aux Khmers), en Afrique ou en Amérique du sud (Sauveterre) ou même dans un pays imaginaire, la Diluvie (Asanna), Christian Billon magnifie l’art de la transposition pour emmener le lecteur sur le lieu de tragédies humaines souvent oubliées par la littérature. Des romans historiques où il porte un regard tendre mais engagé, souvent désabusé mais toujours juste, sur la loi des hommes et des nations.

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

Cédrik ARMEN ou la passion des mots

Ils sont écrivains, critiques sur le web, ou fréquentent les ateliers d’écriture… Ce qui les relie, au-delà du fait d’être Yonnais, c’est la passion des mots. Une passion prenante, dévorante même parfois, que Christian Billon, Cédrik Armen, Pascale Martineau et Francis Lempérière assouvissent de façon bien différente, chacun à son niveau. Portraits de ces mordus de l’écriture accros à la lecture que le démon des mots dévore…

Cédrik est booktuber. Lecteur passionné, il publie sur la chaîne internet Youtube des vidéos où il défriche l’actualité littéraire et fait part de ses coups de cœur. Moteur !

Un monde appart’
Au premier abord son petit appartement ne paye pas de mine. Fraîchement débarqué de La Roche-sur-Yon à Nantes, Cédrik n’y vit que depuis quelques mois. Assez longtemps quand même pour faire de ce petit lieu de travail et de vie un véritable cocon à son image. Car c’est bien là, en plein cœur de la capitale culturelle de l’Ouest, que germent et maturent ses idées littéraires.
La bibliothèque, soigneusement rangée, habille le mur du fond de son petit salon. Sur les autres, des dizaines de photos. Entre les photos, des phrases imprimées sur des petits bouts de papier comme autant de portes d’entrées dans cet univers de lettres, de mots, d’histoires et de poésie : « Si vous ne pouvez pas écrire : lisez ! ».
Ce monde, c’est celui de Cédrik Armen, un Yonnais de 28 ans. Passionné de lecture et Youtuber de talent, il n’a de cesse de le façonner depuis sa plus tendre enfance.
« Les bouquins, c’est un peu comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit. » Un peu par accident, il faut l’avouer. « Je ne sais pas d’où cela vient. Dans la famille on ne lisait pas beaucoup… »

LA PASSION DES MOTS

La revanche de l’écrivain contrarié
A 14 ans son choix est fait : « études de lettres, théâtre, écriture… je voulais la totale. » Le destin et les conseillers d’orientation du collège en décideront autrement, « faute de résultats suffisants. »
Ce sera finalement une année de vente et deux de comptabilité. Pour arriver au fiasco qu’on pouvait attendre d’une telle hérésie. Cédrik est anéanti.
Il finit par trouver un pied à terre à Aizenay. « Mais avec 80 euros par mois c’était vraiment la galère. Même les livres d’occasion c’était du luxe… » Pourtant cet amoureux du verbe n’abandonne pas. La passion des mots qui afflue dans ses veines continue d’irriguer sa passion. Il continue de lire, lire, encore et encore, en écumant les boîtes à livres et les marchés aux puces.
Et d’écrire aussi… Mais « juste pour moi, pour me défouler. »
Comme un gaucher contrarié qui reprendrait sa main directrice une fois sorti de l’école, Cédrik accumule les pages de manuscrits et de poèmes dans ses tiroirs à l’abri des commentaires de ses professeurs. Un écrivain contrarié en quelque sorte, qui pose le point final de son premier manuscrit à 13 ans. « C’était vraiment nul, rempli de fautes et de répétitions… mais je m’éclatais ! ».

AMELIE NOTHOMB

Amélie Nothomb : la révélation
Quelques temps plus tard, la roue finit par tourner. Cédrik peut enfin « manger à [sa] faim, » mais surtout, s’acheter sa première bibliothèque qu’il remplit aussi vite qu’il dévore les livres.
C’est là qu’il découvre Tatiana De Rosnay, Le Parfum de Patrick Suskind, la poésie « abrupte et écorchée » de Bukowski, mais surtout, Amélie Nothomb… Une révélation !
Les lectures s’enchaînent et, le 14 février 2015, Cédrik enregistre sa première vidéo publiée sur Youtube. « Au début c’était plus à but thérapeutique, pour apprendre à m’entendre, à me voir, à me supporter… » Mais les premiers retours sont bons. « Petit à petit les gens sont venus vers moi en s’intéressant à ce que je faisais et j’ai commencé à sortir de ma carapace. »
Trois ans plus tard les vidéos s’enchaînent et les viewers se multiplient. Tantôt drôle, parfois sérieux mais toujours attachant, le Youtuber yonnais y parle de ses coups de cœur, en tentant vainement d’étancher sa soif de découverte. A tel point que chaque rentrée littéraire est devenue un marathon. Car avant de faire son choix pour ses vidéos, Cédrik lit tout. « Un livre par jour, ou tous les deux jours s’ils sont plus gros. » Une boulimie qui lui vaut aujourd’hui la reconnaissance de ses maîtres et des grandes maisons d’édition. Comme Amélie Nothomb, qu’il a eu la chance de pouvoir interviewer pour une de ses vidéos. Et d’en devenir l’ami.
« C’est le rêve. J’ai toujours voulu travailler dans le monde des mots, de l’écriture, des bouquins… mais sans jamais savoir vraiment quoi faire. Mais là, je m’éclate. Et, même si je devais faire autre chose, je ne pourrais jamais arrêter de lire et de faire des vidéos. »

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018