Jardins familiaux : mon potager aux pieds des tours

En 2019, les jardins familiaux yonnais fêteront leur 40e anniversaire. Destinés au départ à permettre aux plus modestes de se nourrir, ils sont aujourd’hui un lieu de rencontres et d’échanges entre générations et mixité sociale.

Le soleil tape déjà fort sur les parcelles de la Simbrandière, au bord de l’Yon, en ce matin d’août. À peine 9h30 et le thermomètre indique près de 22°C. Plusieurs jardiniers s’affairent entre les sillons. Les traces d’humidité aux pieds de certaines plantations marquent le passage, quelques heures plus tôt, des plus matinaux.
Entre deux rangées d’haricots verts, encore à l’ombre des arbres qui bordent la rivière yonnaise, Jocelyne est à la cueillette. « C’est la deuxième année que j’ai une parcelle ici » explique-t-elle. « J’habite en résidence pour séniors et cela me fait un bien fou de prendre l’air. J’ai besoin de bouger, de ce contact avec les autres. Et en plus ça permet de manger sainement ! ».

Sophie et Guillaume

Sophie et Guillaume, la petite quarantaine, ont un bout de jardin à la Simbrandière depuis 4 ans. « Pour se nourrir de produits de qualité qui ont du goût » expliquent-ils.

Un premier lègue privé
De son côté, Patrick Brillouet vient de terminer le fauchage des abords. Président de l ‘Association des Jardins Familiaux Pour Yonnais (AJAFPY), il assure également la gestion de la Simbrandière, l’un des quatre jardins familiaux de la ville. Dans la fraîcheur du local alloué aux parcelles, il revient sur l’histoire des jardins. « On les appelait au départ jardins ouvriers. C’est en 1979 que les premiers emplacements ont été créés, à Moulin-Neuf, sur un terrain légué par Monsieur Aymond-Petit. Il s’agissait à l’époque de permettre aux familles modestes de se nourrir. » D’abord sous gestion privée, la Ville de La Roche-sur-Yon s’implique dès 1982 avec l’achat d’un second terrain à l’Angelmière. « Il y avait une forte demande de la population » précise Patrick Brillouet, qui poursuit : « En 1985, un nouveau jardin s’ouvre à la Vigne-aux-Roses, suivi dans la foulée de celui où nous sommes. » Le terrain de la Vigne-aux-Roses appartenait à l’époque à une banque, qui le cédera pour le franc symbolique à la communauté maghrébine.

LEGUMES

40 000 m2 de cultures potagères
Aujourd’hui, les terrains appartiennent à la Ville qui en assure l’alimentation en eau, la construction et l’entretien des locaux techniques et fournit composteurs et récupérateurs d’eau de pluie. Mais la gestion de l’attribution des parcelles, ainsi que leur entretien, est assurée par l’AJAFPY. « Nous avons une convention avec la Ville » détaille le président de l’association. « Les demandes d’attribution se font auprès de la mairie qui nous les transmet. Il n’y a pas de condition de ressources, mais nous privilégions les Yonnais qui n’ont pas déjà un jardin chez eux. » Et de préciser que 95 % des bénéficiaires habitent dans l’hyper centre-ville ou en cité HLM.
Sur l’ensemble des quatre jardins, 335 foyers se partagent donc désormais près de 40 000 m2 de terrain. Certains sont présents depuis la création des jardins en 1979.

Un local a été récemment réhabilité par la Ville à la Simbrandière. Il abrite un bureau, ainsi que les casiers à outils pour les jardiniers.

LOCAL

Un lieu de rencontres et d’échanges
Si pour certains le jardin est encore un moyen de se nourrir mieux et à moindre frais, il est aussi un lieu de rencontres, de mixité sociale et intergénérationnelle. Entre les parcelles, on parle français, arménien, arabe, tchétchène ou quelques langues asiatiques… On y cultive des tomates, des poireaux, des melons et des demi-secs, mais aussi du maïs et quelques plantes plus exotiques. Et si la majorité pratique encore des méthodes traditionnelles de culture, la permaculture a déjà fait son apparition. De 30 à 95 ans, les jardiniers s’échangent techniques, astuces et bons plans et se partagent les travaux d’entretien collectifs. « Ici, au contact des autres, certains ont appris à parler français. Et il est parfois plus difficile de faire cohabiter les caractères que les origines ethniques ou sociales » lâche dans un sourire Patrick Brillouet.

CONSEIL DU JARDINIER

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018