Un tour d’Europe en camping-car

Qui n’a jamais eu envie de faire un break et de partir à l’aventure ? Cette expérience, Marie et Hyacinthe l’ont vécu durant presque six mois. À bord d’un camping-car, le couple de trentenaires yonnais a parcouru notre continent et traversé une dizaine de pays. Un voyage pour s’ouvrir à de nouveaux horizons et se préparer à une nouvelle vie.

Le bon moment pour partir
Printemps 2016. Hyacinthe est animateur radio à La Roche-sur-Yon depuis 8 ans. Marie, journaliste, est en contrat à durée déterminée. Tous deux aimeraient faire une pause, passer à autre chose. Avec un petit garçon pas encore scolarisé, le couple se dit que ce pourrait être le bon moment. « À l’arrivée de Yaël, en 2014, je me suis dit que pour bien l’élever, je devais être bien dans ma vie » explique Marie. « Un voyage, ça peut être l’opportunité d’un nouveau lieu de vie, d’un nouveau travail » ajoute Hyacinthe. L’envie de partir est donc là, la nécessité de prendre du recul aussi. «Nous sortions de cette vague d’attentats en France. Face à cette violence, je me suis posé des questions sur l’avenir, sur où j’allais dans ma vie » précise Marie. « Nous avons pris conscience qu’il fallait vivre l’instant, profiter des bons moments ». Locataires, pas d’emprunt à rembourser et des parents prêts à donner un coup de pouce, la décision est prise. « Après 8 mois de préparation, nous avons investi dans un camping-car d’occasion et fait la liste des pays à traverser. En janvier 2017, après une semaine de rodage en Bretagne, nous étions prêt pour le départ. »

« Chez nous dans 13 m2 »
Au fur et à mesure des kilomètres, la vie s’organise à bord. Même si tout n’a pas été simple au début. « Au quotidien, on passe le plus clair de ton temps à l’extérieur, au travail ou dans les transports. Dans le camping-car, nous étions ensemble 24 heures sur 24. C’est une nouvelle expérience. » En effet, durant six mois, pas de nounou ni de grands-parents à qui confier Yaël, histoire d’être un peu à deux. Et puis, il y a la logistique, la lessive, les repas… « Il nous a fallu un mois pour prendre le rythme. » Pour autant, le couple ne tombe pas dans une nouvelle routine. Car à chaque nouveau pays traversé, l’organisation change en fonction des services à disposition. « Il a fallu s’adapter tout le temps. Mais pour la première fois nous étions chez nous, même si c’était dans 13 m2 !».

Marie et Hyacinthe 2

15 000 kilomètres de découvertes et d’émotions
De l’Espagne à l’Autriche, de la Belgique à la Grèce, la famille yonnaise a parcouru, à son rythme, près de 15 000 kilomètres, allant de surprises en découvertes. « Nous avons une foule de souvenirs, mais certains sont plus mémorables que d’autres. » L’un des plus beaux sera probablement l’Italie. La magnifique Vérone (qu’ils préfèrent à Venise et ses touristes) et les bords du Lac de Garde, où ils passeront plusieurs jours. Mais aussi le Tyrol et le Vorarlberg en Autriche, où le couple rencontrera la neige. « C’était le 8 mai ! Nous n’étions pas équipés ! » Dans un autre registre, le séjour en Grèce a été, lui, bien différent. « Nous avons accosté au port de Patras. L’arrivée sur l’île s’est faite sur un site à l’abandon, entre policiers et migrants. Nous n’étions plus là dans ce qu’on voit à la télé, c’était la réalité. Je ne sais pas ce que nous aurions fait si un migrant avait toqué à la porte… »

Et puis cet arrêt à Innsbruck, en Autriche à nouveau, où la famille passera une nuit mouvementée. « Nous avons été réveillés à 3 h du matin par la police, lampe torche en plein visage, vérification des passeports et interrogatoire en règle. Un braquage venait de se dérouler dans une station services, à 300 mètres de là. » Et quelques anecdotes encore : San Marin et ses toilettes publiques (propres !) tous les 300 mètres, la Belgique et son camping de plus de 1 000 emplacements. Ou encore le plaisir pour Hyacinthe, fan de cyclisme, de rouler sur le parcours des courses mythiques comme Milan – San Remo ou Paris – Roubaix. Pourtant, ce n’est pas à l’autre bout du continent que se cristallisera l’un des souvenirs les plus forts. « Pour marquer la fin du voyage, nous voulions un moment un peu spécial. » Après ces six mois de périple et d’éloignement, le couple se questionne sur ses origines. Et comme pour affirmer un retour aux sources et un nouveau départ, Marie et Hyacinthe prennent une décision surprenante. « Nous avons passé notre dernière soirée de voyage à Pouzauges ! Avec la sœur et le beau-frère de Marie, nous avons partagé des produits de chez nous autour d’une table au Casse-croûte Vendéen. »

Marie et Hyacinthe 3

Retour à la vie « normale »
Aujourd’hui le couple partage à nouveau un appartement en location et cherche une maison a acquérir. Yaël va à l’école et ses parents ont retrouvé un emploi. « C’est grâce au réseau que nous avions développé et gardé en Vendée » précise Hyacinthe. Un semblant de routine a repris un peu le pas sur l’aventure. Pourtant, rien ne sera plus comme avant. « Beaucoup de gens dans notre entourage n’auraient jamais osé franchir le pas. Mais tout le monde nous dit que nous avons eu raison ». Le voyage leur a permis d’aller à la rencontre des autres, mais surtout de se retrouver eux-mêmes. Une aventure à la fois enrichissante et frustrante, car on ne peut pas tout voir. « Nous nous sommes rendu compte de l’immensité de ce qu’on ne connaît pas » explique Marie. Elle poursuit « Avec ce voyage, j’ai l’impression d’avoir découvert un secret de vie. Ce secret me permet aujourd’hui de relativiser, de faire la part des choses par rapport à ce qu’on peut vivre dans le quotidien. »

A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

A la maison Gueffier on écrit en liberté

Pas besoin d’être écrivain pour écrire.  A La Maison Gueffier, les ateliers d’écriture accueillent tous les amoureux des mots, sans distinction d’âge ou de niveau. Pour apprendre, progresser, partager et jouer avec les mots,
tout simplement…

Esquisses d’écritures
Ecrire, c’est se confronter à soi même. Puiser au plus profond de soi pour en révéler le sublime. Dans les ateliers d’écriture de La Maison Gueffier à La Roche-sur-Yon, c’est aussi se confronter avec les autres. Comme dans un creuset d’artisans où les contraintes d’écriture donnent la matière, et le partage en fait un catalyseur.
Et c’est sans doute cela qui a le plus séduit Pascale Martineau et Francis Lempérière. Tous deux fréquentent régulièrement la Maison Gueffier. Ils ont été retenus pour figurer avec une dizaine d’autres participants dans un recueil de textes écrits en atelier, Esquisses d’écriture, en complicité avec Hélène Gaudy et Sylvain Pattieu, deux auteurs en résidence d’artiste au Grand R. Une initiative de Carole Poujade, qui a choisi de créer dans un cadre universitaire, une collection dédiée à ces textes cours : Les jubilations de l’écriture.

PASCALE MARTINEAU

Une aventure individuelle et collective
Pour Pascale Martineau, un atelier d’écriture, « c’est d’abord un lieu où on se retrouve en groupe, où les participants écrivent personnellement mais ensemble. » Sans forcément se connaître les uns les autres. Mais en se dévoilant, par fragments, au fil des mots couchés sur le papier. Car, « quel que soit le sujet, on y met toujours un peu de soi, » assure Francis Lempérière.
Un lieu d’amusement aussi où l’on s’adonne à la création avec plaisir et bienveillance. Même si l’exercice n’est pas toujours facile. « Quand on vient la première fois, ce n’est pas évident de réussir à offrir un texte personnel, avec ses erreurs et ses maladresses. Mais c’est aussi ce qui nous permet d’apprendre à écouter les autres… »
Se confronter avec les autres, c’est avant tout prendre le risque de mesurer ses propres forces et faiblesses. Mais c’est aussi un bon moyen d’élargir son horizon. « En groupe on pratique beaucoup le pillage créatif. On apprend des autres et on s’inspire. Ce qui crée beaucoup d’émulation et nous pousse à aller toujours plus loin avec les mots. »

FRANCIS LAMPERIERE

Ecrire sous contraintes… en toute liberté
Le principe d’un atelier est simple : écrire un texte sous certaines contraintes, de temps, de lieu, de thème ou de style. Mais toujours avec une grande liberté d’expression. « C’est très important, remarque Pascale. On apprend des techniques, on s’impose des règles mais on peut aussi s’en affranchir. » Et sortir du carcan académique en écrivant simplement pour soi. Comme le résume magnifiquement Sophie Dugast du pôle littérature du Grand R : « Les ateliers d’écritures sont des fenêtres entrebâillées par où entrer en littérature de manière un peu indocile. »
Les contraintes peuvent parfois rendre l’exercice difficile. Elles ne sont pas pour autant des barrières. Au contraire. Elles agissent bien souvent comme un guide qui ne laisse pas de place au syndrome de la page blanche. Un gage de plaisir pour tous ceux qui aiment en découdre avec les mots, sans chercher à jouer les romanciers ou les historiens. « Les ateliers touchent à beaucoup de choses, remarque Pascale Martineau. C’est un peu comme un match d’improvisation au théâtre, un match très court et très dense, où les contraintes servent de déclencheur et nous amènent sur des chemins où on ne serait jamais allé tout seul. »
Des figures imposées qui ne déplaisent de Francis Lempérière. « J’aime beaucoup travailler à partir de photos. Quand j’écris, je pars toujours d’une impression visuelle. Et je commence par écrire une liste de mots, de ressentis. Nul besoin de phrases… mettre simplement des blancs entre les mots. »
Le reste n’est que de la littérature !

A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

Jardins familiaux : mon potager aux pieds des tours

En 2019, les jardins familiaux yonnais fêteront leur 40e anniversaire. Destinés au départ à permettre aux plus modestes de se nourrir, ils sont aujourd’hui un lieu de rencontres et d’échanges entre générations et mixité sociale.

Le soleil tape déjà fort sur les parcelles de la Simbrandière, au bord de l’Yon, en ce matin d’août. À peine 9h30 et le thermomètre indique près de 22°C. Plusieurs jardiniers s’affairent entre les sillons. Les traces d’humidité aux pieds de certaines plantations marquent le passage, quelques heures plus tôt, des plus matinaux.
Entre deux rangées d’haricots verts, encore à l’ombre des arbres qui bordent la rivière yonnaise, Jocelyne est à la cueillette. « C’est la deuxième année que j’ai une parcelle ici » explique-t-elle. « J’habite en résidence pour séniors et cela me fait un bien fou de prendre l’air. J’ai besoin de bouger, de ce contact avec les autres. Et en plus ça permet de manger sainement ! ».

Sophie et Guillaume

Sophie et Guillaume, la petite quarantaine, ont un bout de jardin à la Simbrandière depuis 4 ans. « Pour se nourrir de produits de qualité qui ont du goût » expliquent-ils.

Un premier lègue privé
De son côté, Patrick Brillouet vient de terminer le fauchage des abords. Président de l ‘Association des Jardins Familiaux Pour Yonnais (AJAFPY), il assure également la gestion de la Simbrandière, l’un des quatre jardins familiaux de la ville. Dans la fraîcheur du local alloué aux parcelles, il revient sur l’histoire des jardins. « On les appelait au départ jardins ouvriers. C’est en 1979 que les premiers emplacements ont été créés, à Moulin-Neuf, sur un terrain légué par Monsieur Aymond-Petit. Il s’agissait à l’époque de permettre aux familles modestes de se nourrir. » D’abord sous gestion privée, la Ville de La Roche-sur-Yon s’implique dès 1982 avec l’achat d’un second terrain à l’Angelmière. « Il y avait une forte demande de la population » précise Patrick Brillouet, qui poursuit : « En 1985, un nouveau jardin s’ouvre à la Vigne-aux-Roses, suivi dans la foulée de celui où nous sommes. » Le terrain de la Vigne-aux-Roses appartenait à l’époque à une banque, qui le cédera pour le franc symbolique à la communauté maghrébine.

LEGUMES

40 000 m2 de cultures potagères
Aujourd’hui, les terrains appartiennent à la Ville qui en assure l’alimentation en eau, la construction et l’entretien des locaux techniques et fournit composteurs et récupérateurs d’eau de pluie. Mais la gestion de l’attribution des parcelles, ainsi que leur entretien, est assurée par l’AJAFPY. « Nous avons une convention avec la Ville » détaille le président de l’association. « Les demandes d’attribution se font auprès de la mairie qui nous les transmet. Il n’y a pas de condition de ressources, mais nous privilégions les Yonnais qui n’ont pas déjà un jardin chez eux. » Et de préciser que 95 % des bénéficiaires habitent dans l’hyper centre-ville ou en cité HLM.
Sur l’ensemble des quatre jardins, 335 foyers se partagent donc désormais près de 40 000 m2 de terrain. Certains sont présents depuis la création des jardins en 1979.

Un local a été récemment réhabilité par la Ville à la Simbrandière. Il abrite un bureau, ainsi que les casiers à outils pour les jardiniers.

LOCAL

Un lieu de rencontres et d’échanges
Si pour certains le jardin est encore un moyen de se nourrir mieux et à moindre frais, il est aussi un lieu de rencontres, de mixité sociale et intergénérationnelle. Entre les parcelles, on parle français, arménien, arabe, tchétchène ou quelques langues asiatiques… On y cultive des tomates, des poireaux, des melons et des demi-secs, mais aussi du maïs et quelques plantes plus exotiques. Et si la majorité pratique encore des méthodes traditionnelles de culture, la permaculture a déjà fait son apparition. De 30 à 95 ans, les jardiniers s’échangent techniques, astuces et bons plans et se partagent les travaux d’entretien collectifs. « Ici, au contact des autres, certains ont appris à parler français. Et il est parfois plus difficile de faire cohabiter les caractères que les origines ethniques ou sociales » lâche dans un sourire Patrick Brillouet.

CONSEIL DU JARDINIER

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

La passion des mots… Les deux vies de Christian Billon

Ancien professionnel de la santé, Christian Billon a travaillé dans l’humanitaire pendant une quinzaine d’années avant de se mettre à écrire.
Il prépare aujourd’hui son 9e roman.

« J’ai toujours admiré les écrivains qui, à 20 ans, ont quelque chose à dire et osent se lancer tête baissée dans l’écriture sans autre métier alimentaire… » Christian Billon, lui, a attendu de nombreuses années pour y sacrifier de son temps.
« Au lycée je n’avais pas beaucoup d’appétence pour la littérature. » A l’époque, ce qui le faisait rêver, c’était la peinture. Son âme était déjà littéraire, mais sa véritable passion pour les livres ne viendra que plus tard.
D’abord, parce que dans les années 70, « vivre de sa plume était un sacré pari. J’ai préféré faire un métier plus technique, et m’assurer une vie moins aléatoire. »
Et puis surtout parce que « pour écrire, il faut avoir quelque chose à dire… » Christian attendra d’avoir 48 ans pour le faire.

CHRISTIAN BILLON 2

Besoin de raconter
En 1981, une opportunité professionnelle change la donne. Employé comme technicien de laboratoire au centre hospitalier départemental du La Roche-sur-Yon, Christian part en mission humanitaire dans un centre antituberculeux du Cambodge. Une expérience « lourde et formatrice » qui bouleversera sa vie.
Christian y tombera amoureux deux fois. Du pays tout d’abord, et puis de celle qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants. De retour en France un an plus tard, il ne tient pas longtemps en place. En 1984, il repart avec sa femme pour d’autres missions en Mauritanie et au Sénégal. Pendant 12 ans.
En arrivant là-bas, c’est un nouveau choc. Pas celui des cultures, cette fois, mais celui d’une révélation. Le Voyage de noces de Patrick Modiano ravive sa passion et lui donne la marche à suivre. « Ce livre a été pour moi un déclic. Je me suis dit, c’est comme cela qu’il faut écrire. » Un autre besoin se fait alors sentir. Celui de témoigner. De raconter ce qu’il a vu et vécu durant toutes ces années d’expatriation. Les génocides, les famines…

FAMINE

« L’écriture ne se discute pas »
Christian se plonge alors corps et âme dans l’écriture en pensant à la citation de James Salter : « Tout ce qui n’est pas écrit disparait. » Un plaisir doublé d’un exutoire, à mi-chemin entre le travail de mémoire et l’exorcisme. « Le bonheur, la souffrance, les angoisses, les joies… Il y a une sorte de catharsis de l’écriture. Quand on commence un premier livre, on veut déverser tout ce qu’on a retenu, comme un barrage dont on ouvre les vannes. »
Et puis c’est l’engrenage. « C’est vite devenu très addictif. Une passion dévorante que j’essaie de marier avec la vie quotidienne, plus triviale. »
Dans Battanbang ! Battanbang ! son premier roman publié en 2005, Christian multiplie les détails pour apporter encore plus de précision à son témoignage. Mais le style est déjà là. Les mots sont percutants, précis, justes… « J’ai toujours été plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, avoue le romancier. L’écriture n’est pas une négociation. C’est une œuvre individuelle, sans minoration des sentiments par le dialogue et la discussion. L’écriture est quelque chose qui ne se discute pas. Comme dit Kafka, elle doit être la hache qui brise en nous la mer gelée. »
Que ce soit au Cambodge (L’Adieu aux Khmers), en Afrique ou en Amérique du sud (Sauveterre) ou même dans un pays imaginaire, la Diluvie (Asanna), Christian Billon magnifie l’art de la transposition pour emmener le lecteur sur le lieu de tragédies humaines souvent oubliées par la littérature. Des romans historiques où il porte un regard tendre mais engagé, souvent désabusé mais toujours juste, sur la loi des hommes et des nations.

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

Cédrik ARMEN ou la passion des mots

Ils sont écrivains, critiques sur le web, ou fréquentent les ateliers d’écriture… Ce qui les relie, au-delà du fait d’être Yonnais, c’est la passion des mots. Une passion prenante, dévorante même parfois, que Christian Billon, Cédrik Armen, Pascale Martineau et Francis Lempérière assouvissent de façon bien différente, chacun à son niveau. Portraits de ces mordus de l’écriture accros à la lecture que le démon des mots dévore…

Cédrik est booktuber. Lecteur passionné, il publie sur la chaîne internet Youtube des vidéos où il défriche l’actualité littéraire et fait part de ses coups de cœur. Moteur !

Un monde appart’
Au premier abord son petit appartement ne paye pas de mine. Fraîchement débarqué de La Roche-sur-Yon à Nantes, Cédrik n’y vit que depuis quelques mois. Assez longtemps quand même pour faire de ce petit lieu de travail et de vie un véritable cocon à son image. Car c’est bien là, en plein cœur de la capitale culturelle de l’Ouest, que germent et maturent ses idées littéraires.
La bibliothèque, soigneusement rangée, habille le mur du fond de son petit salon. Sur les autres, des dizaines de photos. Entre les photos, des phrases imprimées sur des petits bouts de papier comme autant de portes d’entrées dans cet univers de lettres, de mots, d’histoires et de poésie : « Si vous ne pouvez pas écrire : lisez ! ».
Ce monde, c’est celui de Cédrik Armen, un Yonnais de 28 ans. Passionné de lecture et Youtuber de talent, il n’a de cesse de le façonner depuis sa plus tendre enfance.
« Les bouquins, c’est un peu comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit. » Un peu par accident, il faut l’avouer. « Je ne sais pas d’où cela vient. Dans la famille on ne lisait pas beaucoup… »

LA PASSION DES MOTS

La revanche de l’écrivain contrarié
A 14 ans son choix est fait : « études de lettres, théâtre, écriture… je voulais la totale. » Le destin et les conseillers d’orientation du collège en décideront autrement, « faute de résultats suffisants. »
Ce sera finalement une année de vente et deux de comptabilité. Pour arriver au fiasco qu’on pouvait attendre d’une telle hérésie. Cédrik est anéanti.
Il finit par trouver un pied à terre à Aizenay. « Mais avec 80 euros par mois c’était vraiment la galère. Même les livres d’occasion c’était du luxe… » Pourtant cet amoureux du verbe n’abandonne pas. La passion des mots qui afflue dans ses veines continue d’irriguer sa passion. Il continue de lire, lire, encore et encore, en écumant les boîtes à livres et les marchés aux puces.
Et d’écrire aussi… Mais « juste pour moi, pour me défouler. »
Comme un gaucher contrarié qui reprendrait sa main directrice une fois sorti de l’école, Cédrik accumule les pages de manuscrits et de poèmes dans ses tiroirs à l’abri des commentaires de ses professeurs. Un écrivain contrarié en quelque sorte, qui pose le point final de son premier manuscrit à 13 ans. « C’était vraiment nul, rempli de fautes et de répétitions… mais je m’éclatais ! ».

AMELIE NOTHOMB

Amélie Nothomb : la révélation
Quelques temps plus tard, la roue finit par tourner. Cédrik peut enfin « manger à [sa] faim, » mais surtout, s’acheter sa première bibliothèque qu’il remplit aussi vite qu’il dévore les livres.
C’est là qu’il découvre Tatiana De Rosnay, Le Parfum de Patrick Suskind, la poésie « abrupte et écorchée » de Bukowski, mais surtout, Amélie Nothomb… Une révélation !
Les lectures s’enchaînent et, le 14 février 2015, Cédrik enregistre sa première vidéo publiée sur Youtube. « Au début c’était plus à but thérapeutique, pour apprendre à m’entendre, à me voir, à me supporter… » Mais les premiers retours sont bons. « Petit à petit les gens sont venus vers moi en s’intéressant à ce que je faisais et j’ai commencé à sortir de ma carapace. »
Trois ans plus tard les vidéos s’enchaînent et les viewers se multiplient. Tantôt drôle, parfois sérieux mais toujours attachant, le Youtuber yonnais y parle de ses coups de cœur, en tentant vainement d’étancher sa soif de découverte. A tel point que chaque rentrée littéraire est devenue un marathon. Car avant de faire son choix pour ses vidéos, Cédrik lit tout. « Un livre par jour, ou tous les deux jours s’ils sont plus gros. » Une boulimie qui lui vaut aujourd’hui la reconnaissance de ses maîtres et des grandes maisons d’édition. Comme Amélie Nothomb, qu’il a eu la chance de pouvoir interviewer pour une de ses vidéos. Et d’en devenir l’ami.
« C’est le rêve. J’ai toujours voulu travailler dans le monde des mots, de l’écriture, des bouquins… mais sans jamais savoir vraiment quoi faire. Mais là, je m’éclate. Et, même si je devais faire autre chose, je ne pourrais jamais arrêter de lire et de faire des vidéos. »

Suite A lire dans la Roche-sur-Yon Magazine n°13, Parution décembre 2018

ALBUM PHOTOS COCKTAIL MAG LA ROCHE n°13

Un vin qui fait son chemin

De la terre du Pays Yonnais à l’Atelier de Robuchon

Fils de viticulteur, devenu sommelier, Jean-Marc Tard n’avait jamais imaginé être viticulteur à son tour. Aujourd’hui pourtant, son vin « made in » Chaillé-sous-les-Ormeaux, est bien présent sur des tables considérées comme les plus belles du Pays… ainsi qu’au Japon et aux Etats-Unis !

Amateur de bon vin, et alors qu’il était sur le chemin du retour après un sympathique séjour chez des amis vendéens, ce couple s’est décidé à faire un petit détour. « On a entendu dire qu’on produisait quelque chose qui valait le coup à Chaillé-sous-les-Ormeaux ». Du bon vin, du très bon vin même, et qui sortirait de terre à une petite dizaine de kilomètres de La Roche-sur-Yon ?
L’histoire aurait fait sourire il y a encore quelques années. Aujourd’hui, il n’est pourtant plus du tout question de rigoler. Quand madame porte son verre à la bouche, la surprise est totale. On lui en avait dit du bien, mais elle ne s’attendait pas à un rosé aussi agréable… « aussi fin ! » Son mari confirme.
Jean-Marc Tard est ravi. Ce qu’il apprécie surtout, c’est d’entendre parler de son vin en des termes aussi élogieux. Car c’est qu’il s’en donne du mal pour en arriver à ce résultat. Le vin, il est tombé dedans quand il était tout petit. « Mon père était viticulteur à Talmont ». L’ambiance des vendanges, le raisin stocké dans la cave… Les souvenirs sont nombreux. Et pourtant, à ce moment là, le garçon n’est pas du tout attiré par le métier. « Être viticulteur à mon tour ? Je n’en avais pas du tout l’intention. Moi, ce que je voulais, c’était voyager. » Sa connaissance du monde viticole et cette envie de parcourir la planète vont rapidement le mener vers le métier de sommelier. Après avoir obtenu son diplôme à Vannes, il fait donc sa valise. Direction… les Antilles ! « Je n’y allais pas complètement par hasard car je savais que de nombreux grands chefs français investissaient là-bas ». Mais Jean-Marc ne le cache pas, ce qu’il recherche surtout dans cette partie du globe, « c’est le soleil et la mer ! Je ne peux pas m’en passer. » Avec son sac à dos, il débarque donc du côté de Saint-Martin et frappe à de nombreuses portes. « C’est sûr que je partais un peu à l’aventure quand même ».
Le sommelier exercera également son activité à Londres puis en Espagne, « au moment de l’Exposition universelle de Séville ». Ensuite, ce sera Paris ! « En fait, j’y travaillais de mai à septembre et, de septembre à mai, je retournais aux Antilles ». Pour le soleil, toujours ! Des allers-retours qui dureront cinq ans avant que l’homme ne se décide à ouvrir une cave aux Sables d’Olonne, en 1999. Mari et père, il est alors temps pour lui de se poser un peu.
Son père à lui cultive toujours sa vigne à quelques kilomètres de là. Mais, en 2005, alors que ce dernier a prévu de cesser son activité un an plus tard, il tombe malade. Jean-Marc décide alors de l’aider autant qu’il le peut. « Pour moi, il n’est toujours pas question de lui succéder, mais en aidant mon père, j’ai retrouvé ce contact avec la terre… Voir la vigne se transformer au cycle des saisons, c’est quelque chose que je connaissais déjà, mais que j’avais un peu oublié. Oui, c’est à ce moment-là que je me suis pris d’amour pour ce métier. »

Jean-Marc TARD
Le temps passe. Il réfléchit. Se renseigne aussi. Et, au hasard d’une discussion, ce sera le déclic. « Je connaissais Jacques Laurent (patron de PRB) pour avoir travaillé au restaurant Le Cayola dont il est également propriétaire. Et alors qu’on parle vin dans ma cave, il me dit qu’il envisage de vendre des parcelles à lui pas très loin de Mareuil. »
Jean-Marc ne bronche pas. Sur le moment. Mais quelques jours plus tard, il donne un petit coup de fil à Jacques Laurent pour lui faire part de son projet. Tout va alors s’enchaîner très rapidement. « Nous étions à la fin de l’année 2008. Et début 2009, j’étais déjà installé. »
Les parcelles qu’il a achetées se situent non loin de Mareuil-sur-Lay, c’est vrai. Mais, plus exactement à Chaillé-sous-les-Ormeaux. Ce n’est pas vraiment la même chose et c’est d’ailleurs ce qui a plu à cet amoureux du… très bon vin ! « Ici, je n’étais pas noyé au milieu de domaines viticoles. Entourées de bois et de friches, je savais que mes parcelles allaient profiter d’un maximum de vie micro-organique. » Surtout, situées sur les contreforts du Massif Armoricain, ses vignes profitent d’un sol granitique et minéral unique. « C’est un terroir qui ne ressemble en rien à ce que l’on trouve ailleurs et qui donne à mon vin son caractère si particulier. Un vin très tendu et très minéral, avec une petite salinité en fin de bouche. »

BARRIQUES TARD

Les connaisseurs ne s’y trompent pas. Et le Domaine des Jumeaux possède déjà une belle notoriété. « C’est allé beaucoup plus vite que je n’osais l’espérer ». Mais, à terme, Jean-Marc Tard ne le cache pas, là était l’objectif qu’il s’était fixé : « Je voulais que mon vin soit présent sur les bonnes tables avec un sommelier qui parle de lui, de son histoire. » Pari tenu ! Aujourd’hui, outre les meilleures tables nantaises, tel Le Manoir de la Boulaie, ou encore le Castel Marie-Louise à La Baule, l’Atelier de Robuchon à Paris propose lui aussi du vin « made in Chaillé-sous-les-Ormeaux » et son sommelier se fera un plaisir de vous le présenter.

Article à Lire dans La Roche-sur-Yon magazine n°12 – Décembre 2017