Vendée globe, l’histoire des 3 caps !

Les noms de deux d’entre eux nous sont connus ; le troisième un peu moins. Nous leur associons des tempêtes, un goût du risque devenu anachronique et quelques figures légendaires qui parfois masquent l’identité de leurs véritables « découvreurs ». Lesquels redéfinissaient alors un espace maritime où aujourd’hui d’autres aventuriers non moins courageux courent après le temps.

Le Moyen-Âge touche à sa fin. Venise lutte pour rester le centre d’un commerce où se rencontrent les peuples du Levant, de Méditerranée, d’Afrique et d’Europe du nord. Mais depuis la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, la route terrestre de la soie est plus difficile à emprunter.

L’Europe cherche d’autres voies qui elles-mêmes pourraient ouvrir les portes d’un « nouveau monde ». Alors, regard tourné vers l’Atlantique, des aventuriers sont prêts à se lancer à la découverte des Océans. Leur audace trouve en la science quelques tangibles encouragements. La terre n’est-elle pas « ronde » !

Et si tel est vraiment le cas, ce qu’avant Galilée nous enseignait déjà le grec Eratosthène (276 Av JC), il suffit de suivre l’horizon pour revenir au point de départ sans jamais faire marche arrière. Puisqu’on est en bateau, pour éviter les écueils, il nous faudra juste trouver des passages, des « caps ».

Trois de ces Caps, les principaux et les plus périlleux, permettent cet éternel retour vers la case départ : « Bonne Esperance », « Horn » et « Leeuwin ».Bien qu’on lui associe souvent le portugais Vasco de Gama, le premier, est doublé fin 1487 par Bartolomé Dias.
À l’extrême sud de l’Afrique, pendant 13 jours il doit lutter, se résolvant à rejoindre les courants venus de l’Antarctique pour dépasser l’obstacle.  La navigation est si tumultueuse qu’il le nomme « cap des Tempêtes ». Mais Jean II de Portugal, son mécène, préoccupé par la conquête de comptoirs en Inde, le baptise « cap de Bonne Espérance ». Dix ans plus tard, doublant à son tour le fameux cap, Vasco de Gama réalisera la jonction maritime entre Le Portugal et les comptoirs des Indes orientales. L’objectif économique vécu comme plus important que la performance maritime, la postérité retiendra le souvenir de Gama tandis que Dias disparaîtra tant en mer que dans les mémoires, après avoir accompagné Cabral jusqu’au Brésil.

Plus célèbre encore, parce que plus septentrional et plus dangereux, le cap Horn ne vit passer un premier équipage que bien plus tard. Indument associé à Francis Drake, corsaire de la couronne d’Angleterre, il est découvert le 29 janvier 1616. Deux hollandais, Villem Shouten et Jacob Le Maire, sont au gouvernail. Ils le nomment « Horn » non parce qu’il forme une « corne » (« horn » en anglais) mais plus simplement en souvenir de leur village « Horn » situé près de l’actuelle Maastricht.

Pourtant les navigateurs d’aujourd’hui, doublant ce cap, pensent davantage à Magellan. C’est lui, portugais comme Dias et Gama, qui le premier, en 1520, découvrit une route pour passer de l’Atlantique au Pacifique. Un détroit qui au nord de la terre de feu, porte encore et justement son nom. Mort quelques mois plus tard aux Philippines lors d’un combat contre des indigènes refusant l’assujettissement européen, Magellan ne pourra conclure personnellement la première circumnavigation de l’Histoire. Mais grâce à la ténacité du commandant Juan Sebastian Elcano, une partie de son équipage accostera en septembre 1522 au Portugal, soit près de 18 mois après avoir largué les amarres.

Aussi est-il compréhensible que les marins d’aujourd’hui, qui effectuent leur tour du monde en à peine deux mois et demi, saluent la mémoire de Magellan, d’Elcano et de son équipage. Mais suivent-ils vraiment le même itinéraire ? Non car en sens inverse et rejoignant plus au sud de l’Océan Indien, un cap bien moins célèbre, le Leeuwin, pointe septentrionale de l’Australie.

Regardez-le sur une carte. Il semble anodin, à peine une petite pointe au sud de Perth. Mais, dernière terre ferme face au pôle sud, le marin qui l’emprunte traverse ensuite d’incessantes dépressions et navigue avec à l’horizon la « zone des glaces ». Nombres de concurrents qui peut-être pensaient déjà à la remontée de l’Atlantique, en des territoires plus sereins, s’y sont abîmés et parfois secourus. Rappelons ce jour de Noël 1996 qui aurait pu être fatal à Raphaël Dinelli. Son bateau chavire, perd son mât, la mer est glaciale, à peine 4 degrés. 36 heures durant, il lutte.

Mais pourquoi ? Le mot « instinct » semble le seul adéquat pour répondre. Ajoutons celui de « fraternité ». En effet, son concurrent le plus proche, Pete Goss détourne son voilier et parvient à le secourir. Les corsaires d’autrefois comprendraient-ils de tels gestes ? Peut-être car loin de leurs mécènes, ils savaient combien la mer est un terrain où les vagues rappellent l’essentiel.

Les données d’aujourd’hui diffèrent donc à peine de celles de naguère : audacieux marins, technologies sans cesse améliorées et mécènes qu’il serait irréaliste d’oublier… Pourtant, l’inconnu existe-t-il encore ? L’inconnu peut-être moins, mais l’imprévu toujours autant. Les vagues se renouvellent infiniment et le marin, lorsqu’il pose son pied au port d’attache sait combien ce retour sain et sauf tient aussi à la chance…S’il en manque, en dépit des alarmes, des réseaux et autres connections, c’est d’abord en lui-même qu’il doit chercher du secours. De cap en cap, son courage et son heureuse folie, à l’instar de ses prédécesseurs de la Renaissance, restent intacts.

 

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