SNSM, la relève se forme !

Ils aiment la mer et sans doute préfèrent-ils surfer sur les vagues que sur le « net ». Dépassant le simple usage individuel de cet espace marin, ils tiennent aussi à le comprendre, à le respecter et à s’y engager collectivement. La SNSM leur offre les conditions de cet engagement dont l’objectif est d’assurer la protection de tous les usagers de la plage. Des conditions où discipline et organisation s’accordent à la belle humeur d’une énergie sans faille.

Des jeunes « cinq sur cinq » dès le matin
Huit heures trente, dimanche 25 avril 2021 : ponctuels et attentifs, ils et elles sont là, installés dans une classe qui ressemble trait pour trait à celle d’un lycée. Aucun bruit ne parasite la voix de Loïc le formateur. Présentant des tableaux et des graphiques clairs, il commente point par point chacun des fondamentaux de l’instruction du jour. Concret et directif, il interroge les 17 jeunes engagés qui depuis plus de 10 mois et à raison de 400 heures au total, suivent leur formation de nageur-sauveteur. À tour de rôle et sans jamais laisser naître le moindre brouhaha, ils répondent réactifs et rapides aux questions. Pas de commentaire superficiel, ces réponses doivent en elles-mêmes avoir la qualité et la promptitude de l’action sur le vif. En ligne de mire un seul objectif : être à la hauteur d’une formation qui leur permettra d’obtenir leur certificat pour l’été. Prêts alors à nous assister, nous conseiller, parfois à corriger certaines de nos erreurs d’usagers d’une plage dont il faut connaître les règles et les possibles dangers. Prêts surtout à nous secourir si malgré tout ce travail de prévention, nous sommes en difficulté. Dans cette salle de formation, avant même d’aller « sur zone », l’observateur note combien dans cette préparation les notions de discipline, de cohésion et de solidarité énoncées par Emmanuel de Oliveira, président de la SNSM, coulent encore dans « les veines des gens de mer » qui préparent leur diplôme.

Une longue histoire et des valeurs intemporelles
10h30 : le cours théorique d’aujourd’hui est terminé ; place à la pratique. Il est temps de rejoindre la grande plage des Sables. Profitons du trajet qui nous en sépare pour revenir sur les grandes lignes de l’Histoire de la SNSM. Loin de n’être que factuelles ou anecdotiques, elles nous permettent de mieux comprendre l’engagement de jeunes qui depuis sa fondation ont à cœur de donner le meilleur d’eux-mêmes. Ainsi que le rappelle le préambule du « guide du bénévole SNSM » : « s’intégrer pleinement et s’engager à la SNSM suppose de bien comprendre son histoire, sa culture, son évolution et ses ambitions pour l’avenir ».
Tout commence au XIXe siècle par la volonté d’associer les solidarités des gens de mer. Ces solidarités ont toujours existé, réflexe et conscience mêlés des marins confrontés aux risques de tout espace maritime. Mais jusqu’alors la dispersion de ces solidarités ainsi que leur caractère informel engendraient un manque d’efficacité. Sous l’initiative d’un peintre de Marine, Théodore Gudin, peintre dont le frère s’était perdu en mer, une première association, la « Société Centrale de Sauvetage des naufragés », naît le 12 février 1865. Parallèlement une association comparable voit le jour en Bretagne : la « Société des Hospitaliers Sauveteurs Bretons ». Dès la création de ces associations et pour que le secours en mer repose sur des fondations solides, des bases éthiques sont affirmées. Parmi celles-ci figurent la discipline ainsi que la volonté pour chaque sauveteur de « se dépasser » ; mais pour que ce dépassement soit réellement effectif, pour qu’il s’associe à l’effort et l’intelligence d’une équipe, le cadre d’une organisation hiérarchique est indispensable. Elle figure toujours au programme de la formation de chaque nouveau sauveteur.
En 1967 les deux sociétés fusionnent et donnent naissance à la SNSM. Leurs principes restent appliqués, leurs traditions et symboles toujours respectés. En témoigne par exemple la bénédiction de toute nouvelle embarcation de sauvetage. En témoigne également l’esprit qui anime chacun des jeunes qui ce matin sont prêts pour l’entraînement.

Action !
Les formateurs et la nouvelle promotion de prochains nageurs sauveteurs sont à présent face à l’océan. Vent de Nord-Ouest assez fort, une légère dépression creuse la mer dont les vagues forment de hauts rouleaux à l’horizon. Dans un calme qui souligne la détermination et l’intelligence de ne pas perdre de temps, chacun prépare son matériel. Pour commencer (la mer ne compte ce matin que 13 degrés) il convient d’enfiler une combinaison. Et même, pour mieux encore coller à la réalité, d’endosser « l’uniforme ». Car chacune de ces combinaisons est identique, orange avec le traditionnel écusson dessiné par un autre peintre de marine : Marin Marie. Écusson traditionnel qui résulte de la fusion des deux sociétés dont la SNSM est l’héritière. Chloé, l’une des formatrices, rassemble l’équipe et indique qu’avant d’effectuer les premiers exercices en mer, il convient de commencer par un échauffement sur le sable. D’autres formateurs se joignent à elle pour assurer cet échauffement. Dès le signal donné, la petite troupe longe les vagues pour un jogging ponctué d’assouplissements, d’étirements puis de plusieurs séries de pompes bien profondes. Elles semblent faire partie du quotidien tant chacune et chacun les effectuent avec aisance. Il faut souligner qu’avant même de participer à leur formation les jeunes qui évoluent ce matin pour leur 7e week-end de formation pratique, ont été soumis à des tests exigeants. Sur plus de 40 candidats réunis en septembre dernier après une journée « portes ouvertes », seuls 17 ont été sélectionnés ; il leur a fallu réussir un parcours « course et natation » prouvant un bon niveau dans les deux disciplines (Crawl obligatoire pour se préparer à des secours les plus rapides possibles) ainsi qu’un entretien individuel soulignant leur implication morale et éthique dans cette volonté d’appartenir à la « grande famille de la SNSM ».

Les étapes d’une formation ouverte sur la vie professionnelle
Suite à cette sélection, les jeunes de 16 à 18 ans, tous lycéens et étudiants, participent à une formation qui ainsi que l’explique Loïc l’un des formateurs, « a évolué dans le temps pour s’améliorer et se rapprocher de la réalité qui chaque année évolue sur les plages. L’essor des activités de glisse est très notable et la saison est toujours plus longue même si les périodes de surveillance ne sont pas elles aussi revues en fonction de cet allongement ». L’engagement des jeunes a lui aussi évolué. Il est double :
– financier : pour payer leur formation (environ 1000 euros) ; somme qu’ils pourront rembourser ensuite en obtenant des postes de « secouristes sauveteurs » rémunérés par la commune.
– dans le temps : du fait des 10 mois de formation qui permettront au candidat et à la candidate d’obtenir des certificats d’états reconnus dans le cadre de la SNSM mais également hors de la SNSM.
Ces certificats assurent une formation tant physique qu’intellectuelle et morale :
– Diplôme d’Équipier Secouriste (Premiers Secours en Équipe de niveau 2) de 70 heures qui correspond à celui de pompier ; permis bateau ; Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique (BNSSA – correspondant à un entraînement de 4 heures hebdomadaires en piscine) ; Certificat Restreint de Radiotéléphonie (CRR) pour la connaissance et l’usage des matériels de transmission radio et téléphonie ; certificat SSA Littoral Mention Pilotage correspondant plus précisément à l’action sur les plages (42 heures de formation minimum).

Un programme de formation dont on relève la cohérence et l’exigence. Exigence d’un niveau que la grande majorité des sélectionnés parvient à atteindre. Ainsi que nous le confirme Monsieur Bruno Wojciechowski, directeur du CFI SNSM de Vendée : « chaque année lors des sélections du mois de septembre, nous recrutons au maximum 24 stagiaires. Ils réalisent leur formation en 1 ou 2 ans. En moyenne, nous avons 1 à 2 abandons en cours de formation par manque de participation et échec à certains examens comme le BNSSA ». Cette formation présente par ailleurs le grand intérêt de correspondre très souvent au parcours de vie souhaités par la plupart des candidats et candidates ainsi que le précise toujours Bruno Wojciechowski : « de nombreux jeunes se destinent à des carrières d’infirmiers ou de pompiers, cette vocation « médicale » apparaissant lors de la formation avec le secours à la personne ».

Prêts pour la saison !
L’échauffement est fini, formateurs et formés sont à présent prêts à vivre « grandeur nature » ce que depuis plus de 10 mois au moins ils travaillent en piscine : le sauvetage. Aujourd’hui la mer est houleuse mais l’entraînement paye et tous prouvent tant des connaissances qu’une condition physique propre à savoir agir dès que le moindre incident sera signalé. Un signal qui lui aussi sera essentiel, donc une aptitude à la concentration et à l’attention dont Loïc avait souligné l’importance dès le cours théorique du matin : « au début, un nageur sauveteur ne peut vraiment être concentré que 30 minutes. C’est pourquoi nous travaillons en rotation. Ensuite avec un bon entraînement on peut rester concentré jusqu’ à une heure. Tout dépend également de l’affluence sur les plages ». Fort d’une expérience de plus de dix ans il ajoute que s’il y a bien parfois des comportements incivils de la part de certains vacanciers, la grande majorité respecte les règles. « Nous notons même que depuis quelques années beaucoup plus de monde ramassent les déchets qui traînent sur la plage. Des déchets qui le plus souvent sont ramenés par la mer ».
Sur cette remarque encourageante laissons la formation reprendre son cours, exercice de sauvetage, rappel des consignes jusqu’à 15 heures, soit une journée dont l’effectivité correspond vraiment à l’objectif de tous : offrir et garantir les joies et les sensations d’une plage où l’océan bien que maître restera « maîtrisé » !

De la bonne volonté individuelle à l’engagement collectif.

Depuis deux années Jeanne et Tom suivent assidûment la formation de la SNSM. Pour l’une comme pour l’autre il s’agit d’un engagement qui s’inscrit dans un projet général de vie. Jeanne, à l’instar de son père, souhaite en effet devenir pompier professionnel tandis que Tom a déjà commencé une première année en médecine avec l’objectif de se spécialiser dans les interventions d’urgence. Tous deux voient dans la formation de la SNSM une occasion « d’entraîner leur volonté et leur détermination ». Quant à la discipline que cette formation impose, ils la jugent « très importante car face à des situations difficiles, il faut savoir être guidé par des cadres prêts à organiser au mieux une intervention groupée ». Enfin pour parfaire leur préparation et se maintenir en forme, ils pratiquent tous deux un sport de haut niveau ainsi que tous leurs camarades de « promotion ». Jeanne, la natation et Tom le surf. Activités sportives qu’ils complètent par une hygiène de vie également réfléchie.

 

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