Paolo Moretti, l’homme qui aime la vie, fait du vélo et va au cinéma

Paolo Moretti, l’homme qui aime la vie, fait du vélo et va au cinéma

Depuis 2014, il est à la tête du cinéma Le Concorde et pilote le Festival international du film de La Roche-sur-Yon. Discrétion, modestie et ouverture d’esprit sont les valeurs qui l’animent. Regard sur la vie d’un passionné au parcours impressionnant.

Sur les murs bleu ciel s’alignent, multicolores, des rangées des petits carrés de papier adhésif. Toute la programmation du prochain festival de cinéma d’un seul coup d’oeil. Autour de la petite table circulaire qui sert à l’accueil de ses visiteurs, Paolo Moretti, termine un déjeuner pris sur le pouce.
Depuis plusieurs mois déjà, toute l’équipe du « Fif » a le nez dans le guidon. C’est après cette courte pause, que Paolo nous reçoit dans son bureau du Concorde. Le regard est à la fois fatigué et serein. « J’avais peur que tu viennes avec ton appareil photo » glisse-t-il.

Premier contact
Depuis l’adolescence, la vie de Paolo Moretti gravite autour du cinéma. Né dans le nord industriel de l’Italie, un jour de 1975, il découvre le 7e art au lycée. Même si son souvenir le plus lointain, et peut-être le plus marquant, remonte à plusieurs années auparavant. « J’avais 8 ans. Je suis allé voir The Day After, un film de science-fiction, très réaliste, qui simulait le lendemain d’un conflit atomique. J’ai pris cela en pleine figure. » Et même s’il ne se rappelle pas comment il a atterri devant ce film, il garde un souvenir tenace de ce premier contact post-apocalyptique avec le grand écran. « Il m’arrive encore de faire des cauchemars avec ce film là. »

Le gamin au vélo
Quelques années plus tard, une seconde passion naît chez le jeune garçon. Si l’écran blanc lui fait découvrir le monde, c’est à vélo qui explorera les paysages des bords du lac de Garde et du lac d’Iséo. « J’ai commencé par le VTT, puis le vélo de course » se souvient-il. « Je faisais 100 à 150 km par jour, pour le plaisir de sillonner les routes de la vallée de Brescia, ma ville natale. » Surtout motivé en phase d’entraînement, il se frottera néanmoins à la compétition. « J’aimais en premier lieu l’idée d’aller à l’extérieur, seul, dans ma région. » Et d’admettre qu’il suit toujours aujourd’hui les grandes compétitions cyclistes.
Une passion qui évoluera bientôt vers les deux roues motorisés. La moto bien entendu, qu’il pratique encore, mais aussi le Vespa. Moyen de locomotion que chaque Italien se doit d’avoir possédé au moins une fois dans sa vie. « Je l’ai revendue. Un Italien ne fait jamais cela. »

Un garçon plein d’avenir
Mais l’image animée reprendra vite le dessus et, attrapés 17 ans, il créé son premier cinéclub dans sa ville. « C’était le cinéma de la paroisse, rénové par la Mairie. Je faisais tout : la promotion, la billetterie et même le projectionniste. » Pas encore majeur et déjà au fait de tout le processus d’exploitation d’une salle. Côté études, un passage en école de commerce le temps de se rendre compte que ce n’est pas pour lui. Il intègre alors l’université de Parme pour y suivre des études de lettres modernes, d’histoire de l’art et de cinéma. Avec à la clé, un mémoire sur l’oeuvre de Franco Piavoli. Puis se sera Bologne pour des études de sémiotique, à l’école Umberto Eco.
Un premier travail, durant une année au Centre Pompidou. Suivront Madrid, Leeds, le festival de Lisbonne, la cinémathèque nationale de Berlin et un retour à Pompidou en 2006 au service programmation cinématographique. Sans oublier son passage à Parme « La ville de Bertolucci ! » C’est là qu’il consolide ses connaissances et son amour pour le cinéma. « Je me sentais de plus en plus en décalage avec l’académisme. Toutes ces expériences m’ont donné des instruments d’approche dans tous les arts. Les arts qui ne sont au final que des signes. J’ai appris une nouvelle façon de lire le cinéma. »

PAOLO MORETTI 2

Paolo Moretti, dans le hall du Concorde, en conversation avec le réalisateur américain Frederick Wiseman lors du festival du film 2017.

Phone Game
Et c’est encore une fois le cinéma qui donnera un tournant à sa vie, sous la forme d’un coup de téléphone. Après 7 à 8 ans de vagabondage en Europe, Marco Muller, alors directeur du fameux festival de La Mostra de Venise, le rappelle sur sa terre natale. « Il me proposait d’être son adjoint. Au départ j’ai cru à une blague. » Un nouveau poste, de très haut niveau et très formateur, pour lequel il voue une réelle reconnaissance à Marco Muller. « J’étais un observateur privilégié des mécanismes d’un festival de cinéma. » Historiquement, le premier festival du monde.
En 2010 il est présent sur le festival yonnais. Il y apprécie l’état d’esprit, se sent de relever le défi. Et il s’en tire plutôt bien. Défricheur éclectique et ouvert, Paolo a donné une nouvelle couleur à l’événement tout en en gardant l’esprit. « Je veux montrer que le cinéma est multiple et que chacun peut y trouver son compte. J’ai envie de partager mes découvertes, sans blocage, sans préjugé. Le partage fait partie du plaisir.»
Paolo se considère aujourd’hui comme un privilégié, qui peut conjuguer métier et passion. Un métier ou le travail et le plaisir n’ont pas de frontière très distincte. Et c’est tant mieux, car cela colle avec sa vision du 7e art. « Grâce au cinéma, la passion s’auto-alimente. La vie et le cinéma se nourrissent l’un l’autre. »

Article à Lire dans Le Magazine de la Roche-sur-Yon, Parution décembre 2017

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