Mathieu Burgaudeau, un Noirmoutrin sur le Tour.

Non il ne s’agit pas d’une version modernisée du célèbre manuel de lecture du début du XXe siècle, « le tour de France par deux enfants » mais du portrait du seul coureur cycliste professionnel Noirmoutrin, Mathieu Burgaudeau.

20 septembre 2020, Mathieu franchit, sur les Champs Élysées, la ligne d’arrivée finale de son premier Tour de France. Il a laissé partir devant le gros du peloton et savoure ses derniers mètres à parcourir, avant d’en finir après trois semaines de course.
« La dernière étape avec les Champs Élysées c’était incroyable, un truc de fou. Il y avait plus de public dans les rues que lors des autres étapes et franchement, la traversée de la cour du Louvre, le premier passage sur les Champs survolé par la Patrouille de France, rien que du bonheur. Pourtant l’étape est difficile, ça roule à fond et les pavés des Champs Élysées secouent beaucoup » raconte le jeune néo-pro.

Il est vrai que disputer son premier Tour de France à 21 ans, pour sa seconde saison chez les professionnels, Le jeune noirmoutrin ne s’y attendait pas. « J’étais programmé pour disputer La Vuelta (le Tour d’Espagne), pas le Tour de France. D’autant plus que j’avais fait une lourde chute au Tour de l’Ain, j’en avais encore des séquelles au Dauphiné que j’ai dû abandonner. Mais plusieurs coureurs de l’équipe se sont blessés, cela ouvrait quelques portes. Mais cette année les équipes n’étaient composées que de 8 coureurs contre 9 habituellement. Donc je n’y pensais pas vraiment. Puis la forme est revenue et j’ai fait un bon Championnat de France, étant dans le groupe d’échappés jusqu’à quelques kilomètres de la ligne. Cela signifiait surtout que la chute était enfin bien digérée et que j’avais retrouvé la forme. C’était le plus important. »

Mathieu se présente donc dans le groupe qui va disputer le grand Prix de Plouay le mardi 25 août, sur les terres bretonnes qui l’ont vu remporter sa plus belle victoire chez les amateurs. « Le lundi après-midi je rentre de ma séance d’entraînement et en rallumant mon portable je vois que j’ai 3 appels manqués de Jean-René (Bernaudeau le manager général de l’équipe Team Direct Energie). Je l’appelle et il m’annonce que je ne courrai pas le lendemain. Je suis évidemment étonné mais je n’ai pas trop le temps de gamberger car il m’en donne la raison, je suis dans la sélection de l’équipe pour le Tour ! » L’histoire est en marche.

Retour en arrière, sur les terres de Noirmoutier bien des années plus tôt. Comme tout enfant Mathieu apprend à faire du vélo. Mais à la différence de bien des enfants, il le fait sans petites roues avant l’âge de 3 ans. Ensuite ce sont les sorties en VTT avec son père ou dès 8, 10 ans Mathieu montre des qualités de résistance physique étonnantes, suivant sans souci les adultes dans les chemins et le sable des plages de Noirmoutier, lors de sorties de plus de 30 kilomètres.
Mathieu se souvient que son père lui propose de l’inscrire dans un club cycliste, mais Mathieu joue au foot et au tennis et pas question de faire du vélo son sport.

Le déclic se produit lorsque Mathieu est en fin d’année de quatrième. « Deux copains voulaient faire un triathlon en équipe et il leur fallait un cycliste. Je suis d’accord mais je n’ai que mon VTT. Le grand père d’un copain me prête alors son vélo de route. C’est la première fois que je monte sur ce type de vélo. Et là je découvre des sensations qui me plaisent beaucoup. J’avais arrêté le foot, je stagnais au tennis, en fait je cherchais un sport vraiment physique. Lors de ce parcours de triathlon à vélo je trouve la vitesse, l’effort, la douleur, le face-à-face direct avec les autres coureurs et j’adore. »
En septembre Mathieu s’inscrit au club de Saint-Jean-de-Monts Cyclisme, il est cadet.
Il débute par le cyclocross, car la saison sur route est alors achevée et la prochaine ne débutera qu’au printemps prochain. La famille lui achète un vélo de cyclocross. Mathieu et les formateurs du club découvrent alors ensemble tout le potentiel de ce garçon. Mathieu gagne dès sa deuxième course sur route. Il en gagnera 15 en cadet.

Lycéen à Notre-Dame-du-Roc à La Roche-sur-Yon, il sait que cet établissement scolarise les jeunes cyclistes du pôle espoir (devenu depuis le CREPS Pdl). Il postule pour intégrer cette structure. Il est retenu tout en restant licencié au club de Saint-Jean-de-Monts. « C’est durant mes 2 années juniors au Pôle Espoir que j’ai vraiment appris le vélo et tout ce qui va avec, l’hygiène de vie, la récupération, la tactique. Je savais que j’étais bon, j’aimais ce sport et je me suis naturellement mis dans la peau de quelqu’un qui peut, un jour, devenir pro. C’était loin, j’y pensait très vaguement, comme tout jeune sportif de 15-16 qui est reconnu comme doué dans ce qu’il fait, mais pas plus que cela non plus. Par contre être sérieux, comme l’on dit, pour performer ne me gênait pas du tout, j’aimais ce mode vie. »

À 18 ans, Mathieu rejoint l’équipe Espoirs du Vendée U, véritable antichambre de l’équipe professionnelle Direct Energie. Il gagne en mars 2017 l’une des plus importantes courses amateurs dans l’ouest, la Manche-Atlantique qui se termine au sommet de la côte de Cadoudal, dès sa première saison. L’idée de devenir professionnel prend corps.

À l’été 2017, bien qu’il ne soit qu’en première année Espoir, l’équipe Direct Energie le prend en stage au sein de son effectif professionnel. « Ma première course était à Majorque avec dans le peloton Alejandro Valverde (coureur espagnol champion du monde, vainqueur de la Vuelta et multiple vainqueur des plus grandes classiques), j’étais dans un autre monde ! ».
Durant ces semaines au sein du peloton professionnel Mathieu apprend deux choses « J’ai vu que j’avais le potentiel pour être coureur pro, mon écart de niveau avec un pro lambda, si on peut l’appeler ainsi, n’était pas si énorme. En revanche j’ai vu ce qu’était un champion, un pro qui joue pour la gagne. Rien à voir, c’est très impressionnant. Si je veux être de ce calibre-là, le travail ne fait que débuter. » En septembre c’est le retour dans les rangs amateurs pour une seconde saison et terminer ses études à l’IUT de La Roche-sur-Yon en Gestion des Entreprises et des Administrations.

L’été 2018 est marquée par le départ du Tour de France en Vendée en juillet, et la signature du premier contrat pro de Mathieu chez Direct Energie, à seulement 19 ans.

Cette première saison est clairement une année d’apprentissage et de découverte du monde professionnel. Apprendre à ne pas se laisser gagner par la pression et les émotions de courir avec les meilleurs coureurs du monde au départ de classiques prestigieuses. Se familiariser avec des distances et un rythme de course bien diffèrent de celui des amateurs.
La seconde saison est plus orientée vers la mise en avant de ses qualités, celles d’un puncheur fait pour les courses d’un jour vallonnées, les Ardennaises d’avril tout particulièrement, comme l’Amstel Gold Race, La Flèche wallonne ou Liège-Bastogne-Liège, surnommée la « Doyenne ». Mais la crise sanitaire vient tout perturber et bousculer le calendrier. Les courses de printemps et les grands Tours repoussés à l’automne. Pour autant Mathieu continue de travailler, de s’entraîner tout l’été, ce qui lui vaut de participer au Tour de France.

« Je n’ai pas vécu l’annonce de ma sélection comme un cadeau, je savais que ce serait dur, qu’il faudrait que je sois à la hauteur. La première étape à Nice a été horrible. J’étais tendu comme jamais, totalement sous pression, en plus il faisait une météo épouvantable, les routes glissaient, une catastrophe. Je me suis dit si c’est comme ça durant trois semaines, quel enfer »

Heureusement l’équipe est là, les coéquipiers, l’encadrement, Mathieu se délivre de toutes les émotions qui entourent cette première participation. « Paradoxalement, le fait qu’à cause de la Covid il y ait moins de public, a sans doute été un mal pour un bien. Moins de public, moins de sollicitation des médias, plus de facilité de repos, de penser à autre chose. En comparaison d’un Tour de France ordinaire, tel que le racontait mes coéquipiers, pour un apprentissage ce n’est pas si mal. D’ailleurs je ne suis pas tombé et n’ai eu aucun jour sans. »

Mais Mathieu n’est pas du genre à se laisser aller et apprend vite. Dès la 4e étape, vers Orcières Merlette il se glisse dans une échappée et découvre ce que cela fait de participer à la course à l’avant. Il mesure surtout que ses capacités physiques sont au rendez-vous, que la préparation estivale a été efficace et qu’il est à la hauteur de ce que l’équipe attend de lui. En Limousin et en Franche Comté il trouvera des profils d’étape à sa mesure pour monter le maillot, comme l’on dit. « Je n’avais pas envie de faire le Tour en total anonyme, toujours à l’arrière du peloton. Pour apprendre il faut participer, tenter, mesurer l’effet que cela fait. C’était mon objectif et j’ai fait je pense, un bon premier Tour de France. »

Et beaucoup appris, des choses parfois insoupçonnables. « Un truc étrange, c’est que je n’ai pas du tout suivi le Tour, au sens spectateur du terme, je veux dire. Les étapes sont si longues et difficiles, les sollicitations médiatiques, des partenaires, des réseaux sociaux sont telles, que tu n’as pas envie de vraiment penser vélo dans les rares moments solitaires. Franchement le résumé du Tour le soir, tu ne le regardes même pas (rires). Ce que j’ai découvert également, c’est le blues de l’après Tour. On m’avait prévenu, mais quand tu le vis, c’est violent. Durant 3 semaines, on est au petit soin pour toi, massages, confort des hôtels, cuisine, etc. Et d’un coup tu te retrouves sans l’adrénaline de la course, tu dois cuisiner toi-même, tu n’as goût à rien, tu es irritable, d’autant plus que tes proches qui ne t’ont pas vu durant 3 semaines te posent mille questions sur le Tour, et toi tu es déprimé de ne plus y être. Tu trouves tes routes d’entraînement habituelles totalement nulles. Gros atterrissage. »

Fort heureusement, cette année le bouleversement du calendrier a vu les courses de printemps se dérouler après le Tour, pas le temps de se refroidir, il fallait remonter en selle et se préparer.

Mais pour Mathieu la fin de saison a été rude. « En réalité j’étais bien émoussé à la sortie du Tour, sur les courses d’automne j’ai été en difficulté. »

Pour sa troisième année chez les professionnels Mathieu vise une nouvelle étape. « Maintenant je veux gagner. Avec mes directeurs sportifs, on a établi un calendrier de courses qui soient dans mon registre. Pas les plus prestigieuses mais où je peux jouer les premiers rôles. D’autre part il faut à nouveau participer aux grandes courses où l’expérience est indispensable. »

Malheureusement, la crise sanitaire perdure et le Tour du Rwanda qui était, en Février, l’un des grands objectifs de Mathieu a été annulé. Le calendrier reste encore incertain, mais nul doute que Mathieu va cette saison franchir un cap. Dans les courses où il aura la possibilité de s’imposer, comme dans son rôle d’équiper de Pierre Latour, le nouveau leader de l’équipe Direct Energie.

« J’aime ma vie de coureur cycliste, j’aime voyager, m’entraîner, courir, faire des efforts au-delà de ce que l’on croit possible, j’aime gagner aussi, j’ai hâte de ma première victoire chez les pros. »

À souhaiter pour ce garçon sympathique, intelligent, modeste tout en étant conscient de ses forces. Conscient de ce qu’il est, de ce qu’il vaut, d’où il vient et où il veut aller, et des efforts que cela suppose.

Un type bien, tout simplement.

 

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