Gérard Potier, témoin et passeur de la vie populaire

Gérard Potier, témoin et passeur de la vie populaire

Sa vie commence comme une histoire. De celles qu’il aime à conter aujourd’hui. Gérard Potier est né à Nesmy, un jour de marché de 1960. Il arrive prématurément à cause d’une panne de mobylette de sa mère partie en courses à la ville.
Fils de paysans, second d’une fratrie de deux garçons et trois filles, « le petit Gérard » comme on l’appelle à l’époque, grandit dans la ferme familiale où très tôt il participe aux travaux agricoles. « Je faisais la traite des vaches. Mes parents avait une petite exploitation de polyculture. Le lait, c’était pour ma mère, pour payer l’éducation des enfants. »
Ècole primaire à Nesmy, le secondaire à La Roche-sur-Yon. « J’allais dans le privé, au collège St Louis d’abord, puis à notre Dame du Roc. » Il reçoit donc une éducation catholique, mais à 15 ans découvre d’autres sensibilités. Cela grâce à Guy Mallard à Aubigny, au sein de L’Égail, où il pratique le chant, la danse et le théâtre. « Cette période a été très formatrice pour moi. Tant pour mon futur métier de comédien, que pour mon ouverture d’esprit. J’ai découvert qu’il existait une autre vision des choses que celle de la maison et de l’école. » Son regard sur le monde change, notamment sur la langue parlée dans la famille. « C’était la langue poitevine, celle du père. J’ai appris que c’était une vraie langue à part entière. Et que ce n’était pas mal parler que de la pratiquer. » C’est aussi là qu’il apprend à collecter des histoires et à les restituer.

Un choix de vie
Jeune adulte, la passion du théâtre grandit, mais il pratique encore en amateur et il faut faire un choix pour l’avenir. Il ne se sent pourtant pas l’âme d’un employé, vissé à son poste jusqu’à la retraite. Gérard tentera toutefois une carrière dans la banque, mais n’y passera que 5 années. L’appel des planches est trop forte. Nous sommes alors dans la France des années 80. Celle de Mitterrand et de Jack Lang et où on développe la démocratisation culturelle. Le jeune comédien en profite pour se lancer et intègrer par la suite le Réseau National du Conte et des Arts de la Parole.
À l’époque, il travaille beaucoup à Fontenay-le-Comte et c’est là qu’il jouera son premier spectacle en tant que professionnel. Il y fera aussi des rencontres, notamment l’accordéoniste Gérard Baraton, qui l’accompagnera plus tard sur plusieurs de ses spectacles. Au début des années 90, il créera Le Bazar Mythique, sa propre compagnie.

Un premier rôle sur les planches
Une autre rencontre a été déterminante pour Gérard Potier, à La Roche-sur-Yon cette fois, avec Alain Sabaud, disparu en 2015. « Alain m’a énormément apporté. Il a été le formateur de beaucoup de gens du métier ici. C’était une personne sans préjugé. » C’est en effet l’homme de théâtre, arrivé de Nantes avec sa compagnie Le Galion, qui donnera au conteur son premier premier rôle sur scène dans « Le désespoir des Singes ». « Pour lui, il n’y avait pas de différence entre un conteur et un comédien, même si comme moi, vous ne sortiez pas du conservatoire. Il est toujours venu à mes spectacles par la suite, y jetant un œil critique mais toujours intelligent. »

SCENE THEATRE

Sur la scène du théâtre de La Roche, avec Maryse Roux, lors des premières lectures des Histoires vraies de Vendée.

« Le conteur est le garde champêtre des salles de théâtre »

Au fur et à mesure que sa carrière avance, Gérard Potier développe son propre style. À partir de son vécu mais aussi des histoires qu’il collecte. « J’avais envie d’écrire à partir de moi, de ce que je ressentais. Le conte m’a appris à écrire l’oralité. » Attaché à l’histoire populaire, il n’en n’est pourtant pas un militant engagé. Ce qui lui plaît surtout dans son métier c’est la dimension politique au sens de s’adresser à l’assemblée. « Je me suis vite ennuyé avec la tradition. Je me posais plus la question de savoir comment j’allais prendre la parole. Comment raconter le monde depuis chez soi, par le prisme de la vie quotidienne. Le conteur est un peu le garde champêtre des salles de théâtre, comme celui qui donnait les nouvelles sur la place du village. »

Une vie de Gérard…
Si Gérard Potier ne devait retenir que deux spectacles de sa carrière, ce serait d’abord « Pas bouger le chien », créé avec Gérard Baraton. « Ce sont toutes mes histoires à moi, toute mon enfance ». Une pièce jouée près de 700 fois. Et puis « Ce père que j’aimais malgré tout ». Un spectacle qui n’a rien de personnel, si ce n’est en tant que conteur, mais l’adaptation du roman de Franck Ribault. « C’est le premier vrai récit de vie populaire. »
Aujourd’hui, en plus de tourner dans le monde entier comme comédien avec la pièce de Joël Pommerat, Gérard Potier travaille à son nouveau spectacle. Une transposition au plateau du livre de François Beaune « Une vie de Gérard en Occident ». Un roman réalisé à la suite d’une résidence de l’écrivain au Grand R à La Roche, et qui a collecté des histoires populaires dans tout le département. « Le personnage du livre est différent de moi, je me sens donc libre avec ce matériau de base. » Et même si cela ressemble un retour aux sources, Gérard Potier a pris de la distance avec le thème. « Ce sont des histoires d’ici mais qui peuvent être de partout. Il y a déjà le prisme de l’auteur, du lecteur que je suis, et la transposition pour la scène. » Et comme le dirait François Morel dont Gérard a sollicité l’avis d’expert : « ce livre raconte la France, là, tout de suite. »

AVEC ALAIN MENEUST

Avec Alain Meneust, le regard extérieur indispensable, pour les lectures des Histoires vraies de Vendée.

A lire dans le magazine J’ose n°4 • Parution Octobre 2017

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